Intro à l’article

Le roi du Swaziland a épousé sa douzième femme, mais comme il n’est pas musulman et que ni Tariq Ramadan ni l’UOIF ont quelque chose à voir avec l’affaire, Malek Boutih n’a pas traité le monarque de petite frappe fasciste, Julien Dray n’a pas menacé de lui casser la gueule, Nicolas Sarkozy n’envisage pas de l’inviter à « 100 minutes pour convaincre », « Ni putes ni soumises » ne prévoit pas de sit-in devant l’ambassade du Swaziland, l’hebdo féminin Elle n’a pas encore lancé de pétition, Caroline Fourest et Fiammetta Venner ne se sont pas précipitées sur l’Atlas de poche pour voir où se trouve exactement le Swaziland, tout laisse à penser que le député-maire socialiste d’Evry Manuel Valls n’envisage pas encore d’enjoindre aux supermarchés de sa commune de boycotter les produits du Swaziland, Oriana Fallaci n’envisage pour l’heure aucun pamphlet, Bernard Lewis est trop occupé par la dénégation du génocide arménien, Alain Madelin n’a pas encore appelé à soutenir l’effort de guerre américain contre l’odieuse dictature de Mswati III, Pierre-André Taguieff a piscine, André Glucksmann a une gastro, Robert Badinter aimerait bien réagir mais ne sait pas encore comment faire le lien avec l’adhésion de la Turquie, Malek Chebel prépare son prochain livre « Nicolas Sarkozy, le douzième imam? », et Jean Daniel essaie un nouveau miroir. Les réactions de Claude Imbert, Jean-François Revel, Michel Houellebecq, Bernard Stasi, Cécilia Sarkozy, Emmanuelle Béart, Chahdortt Djovan, Elisabeth Badinter, Alain Finkelkraut, Gilles Kepel, Tahar Benjelloun et Azouz Begag se font encore attendre. Je vous tiendrai au courant dès qu’il y aura du nouveau.

Karim Kettani

Le roi du Swaziland épouse sa douzième femme -et alors?
lundi 13 juin 2005, 1h10

MBABANE, Swaziland (AP) – Deux semaines après avoir convolé en justes noces pour la onzième fois, le roi du Swaziland Mswati III s’est à nouveau marié samedi, cette fois-ci avec une jeune fille de 18 ans, ont annoncé dimanche les autorités.

Nothando Dube, 12e épouse du dernier monarque absolu d’Afrique remarquée lors d’un concours de beauté, a intégré la famille royale lors d’une cérémonie secrète célébrée samedi, selon Jim Gana, gouverneur de la résidence de la Reine Mère. Seules les membres féminins de la famille royale ont assisté au mariage.

La jeune fille de 18 ans a dû abandonner ses études après avoir été choisie par le roi l’année dernière afin de se préparer pour ses fonctions royales. Respectant la tradition du pays, elle est tombée enceinte avant d’épouser le roi.

Elle avait été remarquée par le roi lors d’un concours de beauté pour adolescentes alors que celui-ci rendait visite à une de ses filles.

Il y a à peine deux semaines, Noliqwa Ntentesa, une jeune fille de 21 ans, était devenue la 11e épouse de Mswati III. A 36 ans, ce dernier compte 25 enfants et a déjà choisi sa prochaine épouse.

Mswati III est l’objet fréquent de critiques pour l’absence de démocratie dans son petit royaume d’Afrique australe et son train de vie dispendieux alors qu’une majorité des sujets vivent sous le seuil de pauvreté. Il est aussi accusé de montrer le mauvais exemple dans ce pays d’un million d’habitants où le virus du sida touche une proportion record de la population: 42,6% des femmes enceintes suivies médicalement y sont séropositives.

Le monarque swazi reste encore loin du bilan de son père en termes de polygamie: à sa mort en 1982, le roi Sobhuza II comptait plus de 70 épouses. AP

Un peu moins récente, cette histoire révoltante m’est venue aux oreilles grâce à Sagittaire :

JUSTICE C’est aujourd’hui que sont jugés, au Pakistan, 14 hommes soupçonnés de viol collectif sur ordre d’un jury tribal

La justice pakistanaise rend aujourd’hui son verdict dans le procès des 14 hommes suspectés d’avoir ordonné ou participé au viol collectif de Mukhtar Mai. Le calvaire de la jeune femme de 18 ans avait provoqué l’indignation du président pakistanais Pervez Musharraf en personne.

Le 22 juin dernier, à Meerwala, dans la province du Punjab (est du pays), Mukhtar Mai est violée par quatre hommes dans une butte avant de revenir chez elle, nue, sous le regard de centaines de villageois.

Ce viol collectif, décidé par le jury tribal du conseil du village, vient en représailles de l’ « insulte » causée par le frère de l’adolescente à une famille de la tribu supérieure des Mastoi. Le jeune garçon de 12 ans aurait eu des « rapports sexuels illicites » avec une femme de 30 ans, d’un rang social plus élevé que le sien. En fait de rapports, le garçon a été vu avec la jeune femme sans la présence d’un chaperon.

Les agresseurs ont été arrêtés après les révélations de la presse

Il a été puni : des hommes l’ont violé. Mais pour « laver » l’honneur sali de sa famille, il fallait que sa sœur paye aussi. Le jury tribal avait menacé de viol toutes les femmes de la famille, à moins que l’adolescente ne se soumette à un châtiment. Celle-ci, institutrice dans l’école de filles du village, n’envisage pas de se soustraire à sa « punition ». Ignorant encore la sentence, elle se rend devant ses « juges » soutenue par son père s’attendant à être battue. C’est alors qu’elle est violée.

Comme souvent dans pareil cas, la police n’a pas réagi promptement. Il aura fallu que l’affaire soit révélée par la presse nationale, début juillet, pour que les agresseurs présumés de la jeune fille soient arrêtés, deux semaines après le viol.

Saisie du dossier, la Cour suprême a ordonné une enquête

La Cour suprême du Pakistan, la plus haute juridiction du pays, se saisit alors du dossier et ordonne une enquête. Son président, Cheikh Riaz Ahmed, va jusqu’à déclarer que « c’est un incident choquant au XXIe siècle et une violation flagrante des droits de l’homme ». Enfin, pour calmer les partis d’opposition qui qualifient son régime d’anarchique, le président pakistanais Pervez Musharraf décide d’offrir 8 300 dollars (8 600 ¬ ) de dommages et intérêts à la jeune fille.

Le viol collectif de Mukhtar Mai est devenu symbolique, même s’il est malheureusement banal dans les régions reculées du Pakistan. Le 22 juillet dernier, la Commission des droits de l’homme au Pakistan (HRCP) a révélé qu’au cours des six premiers mois de l’année, plus de 150 femmes ont été violées, 82 ont été assassinées et 206 ont été enlevées dans la région du Sud-Pendjab. Le seul district du Muzaffargarh, où vivaient la jeune fille et sa famille, détient un triste record. Un rapport présenté par la police dans le cadre de l’enquête explique que 22 femmes y ont été violées par 53 hommes pendant le mois de juin dernier.

Dans la moitié des cas, les assassinats sont des « crimes d’honneur », souvent perpétrés sur les jeunes filles par des membres de la proche famille : un père, un frère ou un mari. Au Pakistan, une femme peut être battue, lapidée, défigurée au vitriol ou tuée simplement parce qu’on la soupçonne d’avoir déshonoré sa famille : pour
avoir entretenu une relation « illicite », pour avoir voulu épouser l’homme de son choix, pour avoir divorcé ou, bien souvent, pour s’être fait violer… « Ce ne sont pas des assassins, explique Jacqueline Thibaut, fondatrice de l’association Surgir, qui vient en aide aux victimes de violences traditionnelles au Pakistan. C’est la société qui est assassine. J’ai vu des parents pleurer de devoir tuer leur propre enfant. »

Car, s’il est bien un problème qu’a soulevé le viol de Mukhtar Mai, c’est celui de la justice traditionnelle, qui se substitue de plus en plus à une justice d’État défaillante au Pakistan. Or, ce sont les jirgas et les panchayats du nom des conseils tribaux dans le nord et le sud du pays qui, bien que n’ayant pas d’existence légale, condamnent les femmes aux peines les plus dégradantes. Le retentissement du viol collectif de Meerwala pourrait bien faire changer les choses.

À présent, le gouvernement remet en cause la justice tribale

« Ce qui est nouveau, reconnaît Dominique Dumont, coordonnatrice d’Amnesty International pour le Pakistan, c’est que Remuez Musharraf et le gouvernement remettent en cause la justice tribale et ordonnent une enquête. Maintenir une justice tribale, c’est légaliser des lois brutales, contraires à la législation pakistanaise. »

A l’instar des organisations locales de défense des droits de l’homme, Amnesty, qui vient de publier un rapport sur la justice tribale pakistanaise, encourage les autorités à continuer sur cette voie. L’ONG demande notamment au gouvernement de maintenir une commission créée cette année et qui examine les cas de discrimination envers les femmes. « Ces gestes sont importants. Les mentalités commencent à changer », affirme, optimiste, Dominique Dumont.

Pour preuve, Mukhtar Mai a décidé d’utiliser l’argent que lui a donné le gouvernement pour faire construire une école pour filles.

Julien DUFFÉ dans La Croix du 27 août 2002