Les recruteurs américains sont prêts à tout pour enrôler de jeunes soldats
LE MONDE | 31.05.05 | 13h48

David McSwane, élève de terminale dans le Colorado, voulait savoir jusqu’où les recruteurs de l’armée américaine étaient prêts à aller pour enrôler des volontaires, à un moment où la guerre en Irak a fait baisser les vocations. En janvier, il a pris contact avec son centre de recrutement en se faisant passer pour un jeune à la dérive mais intéressé par l’armée. Il a d’abord confessé qu’il n’avait pas de diplôme. Selon le règlement, les recrues de l’US Army doivent avoir au moins un certificat de scolarité du niveau du lycée. Pas de souci, a répondu le recruteur. Il suffit de fabriquer une attestation, le plus sûr étant de choisir une école qui n’existe pas. L’instructeur a même suggéré un nom, « la Faith Hill Baptist School, par exemple ». Pour 200 dollars, David s’est procuré sur Internet un faux diplôme au nom de cet établissement. Un problème de drogue ? Rien d’insurmontable là non plus. Le recruteur a recommandé un kit de désintoxication qui ferait disparaître les traces en cas d’analyse. Et il a conduit lui-même son élève jusqu’au magasin où se le procurer.

David McSwane avait pris soin d’enregistrer les conversations téléphoniques. Il avait enrôlé sa soeur, 11 ans, pour faire des photos et un ami à peine plus vieux pour tenir une caméra cachée. Le 17 mars, il a publié son récit dans le journal du lycée d’Arvada. Fin avril, la télévision CBS a diffusé ses enregistrements. A la mi-mai, l’affaire avait fait le tour du pays.

Depuis 1973 et la fin de la guerre du Vietnam, l’armée américaine est une armée de volontaires. Aujourd’hui, le recrutement connaît une crise sans précédent. L’armée de terre est en retard de 6 000 recrues sur l’objectif de 80 000 qu’elle est censée remplir avant la fin de l’année budgétaire, en octobre. Les 7 500 recruteurs sont censés enrôler chacun 2 volontaires par mois. A l’approche de la fin de l’année scolaire, la pression est importante. Plusieurs centaines d’excès de zèle ont été signalés. Seuls sept incidents ont été qualifiés de « mauvaise conduite » par l’armée, mais le Pentagone a tenu le 20 mai une journée exceptionnelle dans les 1 700 centres du pays. Les recrutements ont été suspendus pour faire un rappel à l’éthique et au règlement.

Les recruteurs ont accès aux établissements. Ils sont à la cafétéria ou aux réunions parents-professeurs. Ils offrent des places de concerts ou d’événements sportifs. Les parents les trouvent parfois envahissants, mais c’est le lycée qui fournit les numéros de téléphone personnels aux militaires. Les établissements sont tenus de fournir leurs fichiers à l’armée sous peine de perdre leurs financements publics. Au printemps, le représentant de Californie, Mike Honda, a déposé un projet de loi pour que les coordonnées des élèves ne soient pas transmises à l’armée sans autorisation expresse des parents. Un district scolaire de l’Etat de New York qui a refusé de s’exécuter attend ces jours-ci la visite d’un colonel qui doit l’inciter à coopérer.

C. Lesnes