Washington s’oppose aux ventes d’or du FMI pour soulager la dette des pays les plus pauvres
LEMONDE.FR | 06.04.05 | 08h43

L’idée de vendre une partie des réserves d’or du Fonds monétaire international (FMI) pour alléger le poids de la dette des pays les plus pauvres se heurte à l’opposition américaine, tant du gouvernement que du Congrès, qui a averti, mardi 5 avril, qu’il bloquerait une telle mesure.

« Toute tentative du Fonds monétaire international en vue de vendre de l’or sera mise en échec par le Congrès et le gouvernement Bush », a ainsi annoncé le président de la commission économique conjointe du Congrès, Jim Saxton. Le Congrès américain doit normalement donner son feu vert à la vente d’or de la part de l’institution multilatérale. Selon M. Saxton, élu républicain pourtant favorable à l’allègement de la dette des pays les plus démunis, il doit y avoir d’autres moyens d’y parvenir. « Je pense que le Congrès a l’obligation de protéger les contribuables et de rejeter toute proposition de vendre l’or du FMI », a-t-il estimé, ajoutant que le gouvernement du président George W. Bush était également opposé à un tel recours aux réserves d’or du Fonds.

Le porte-parole du Trésor, Rob Nichols, avait indiqué, la veille, que le gouvernement « n’était pas convaincu » de l’opportunité de cette option pour aider les pays les plus endettés de la planète. Un porte-parole du FMI a refusé de commenter ces prises de position.

POUR ALLÉGER LE FARDEAU DE LA DETTE

En février, les ministres des finances du G7, regroupant les pays les plus industrialisés (Etats-Unis, Canada, Japon, France, Allemagne, Royaume-Uni et Italie) avaient demandé au FMI d’étudier les possibilités pour alléger le fardeau de la dette des pays pauvres, y compris la vente ou la réévaluation des stocks d’or de l’institution.

Les réserves du FMI s’élèvent à 103,4 millions d’onces (3 217 tonnes) d’une valeur inscrite dans le bilan du Fonds d’environ 9 milliards de dollars (quelque 7 milliards d’euros), alors qu’au prix du marché – en date de fin février -, cet or vaut quelque 45 milliards de dollars, selon les derniers chiffres diffusés par le FMI. Le métal fin du FMI provient pour l’essentiel des souscriptions initiales des Etats membres, qui devaient régler un quart de leur quote-part en or.

Aussi le président de la commission économique du Congrès a-t-il rappelé que « les bénéfices potentiels des ventes d’or du FMI appartenaient de droit aux pays contributeurs et à leurs contribuables ».

LA PROCHAINE RÉUNION DES GRANDS ARGENTIERS

Selon Jim Saxton, il faut s’interroger sur le mode de fonctionnement du FMI puisque « depuis toujours le Fonds a échoué à mettre en place des mesures de sauvegarde et des contrôles pour les prêts qu’il octroie. » « Il n’est donc pas surprenant que certains des prêts aient mal tourné, mais il ne faudrait pas chercher à en cacher les conséquences », a-t-il estimé. Et de rappeler la préférence de Washington pour l’octroi de dons plutôt que de prêts et crédits aux pays déjà lourdement endettés.

Les ministres des finances du G7 étudient depuis longtemps les moyens de réduire les 80 milliards de dollars dus aux institutions multilatérales par les pays les plus pauvres, dont plusieurs consacrent plus au remboursement de leur dette qu’à leur programme d’éducation ou de santé, comme le rappellent régulièrement les ONG.

La prochaine réunion des grands argentiers de ce groupe de pays industrialisés est prévue la semaine prochaine à Washington, la veille des assemblées de printemps du FMI et de la Banque mondiale (les 16 et 17 avril).

Le directeur général du FMI, Rodrigo Rato, avait approuvé, la semaine dernière, la vente d’une partie des stocks d’or de son institution pour alléger la dette des pauvres, dans un entretien au Financial Times.

Le FMI a eu recours en 1999 à une transaction hors marché sur or d’une partie de ses réserves pour aider le Brésil et le Mexique à payer leurs dettes auprès du Fonds.