A Noël 2002, on avait pu lire :

Petite victoire pour les défenseurs de l’Alaska

La compagnie BP Amoco a annoncé son retrait d’un groupe de pression qui lutte pour l’ouverture au forage pétrolier dans une réserve naturelle de l’Alaska. Ce projet est dénoncé par de nombreuses ONG qui ont lancé des campagnes internationales et mobiliser certains actionnaires des compagnies pétrolières concernées.

Le groupe des  » Quatre dégoûtantes « , les compagnies pétrolières surnommées ainsi par des associations américaines de défense de l’environnement, vient d’enregistrer une première défection. La compagnie pétrolière BP Amoco, deuxième plus gros pétrolier du monde par le chiffre d’affaires, vient d’annoncer son retrait de la structure  » Arctic Power « . Ce groupe de pression réunissait entre autres BP Amoco, Chevron Texaco, Exxon Mobil et Philips, décidés à obtenir l’autorisation de forer les champs pétroliers localisés dans le sous-sol du parc naturel national ANWR (Arctic National Wildlife Refuge), sur la côte nord-est de l’Alaska. La dernière contribution financière de BP Amoco à l’Arctic Power – 50000 dollars – avait été versée en 2001.
Plusieurs organisations de défense de l’environnement ont salué le geste de la multinationale britannique. « Nous sommes satisfaits, confie à Novethic Athan Manuel, directeur de la campagne ANWR au Public Interest Research Groups (PIRG), à Washington. Nous espérons bien obtenir des trois autres compagnies qu’elles adoptent elles aussi un comportement responsable en Alaska« . La recette adoptée par le PIRG – soutenu par le WWF et par des fonds d’investissement éthique – vise à convaincre les actionnaires du bien-fondé d’une démarche plus respectueuse de l’environnement. « Dans le cas de BP et de l’Alaska, nous avons réussi à proposer aux actionnaires de l’entreprise deux résolutions, qui ont chacune obtenu plus de 10% des voix« , se félicite Athan Manuel. S’y sont ajoutés des milliers de courriers électroniques et une intense campagne de presse. « Au total, près de 100000 personnes ont pris part d’une manière ou d’une autre à notre action au cours des quatre dernières années« , souligne le PIRG.

Vote au printemps 2003

L’optimisme de l’organisme doit toutefois être tempéré. Comme l’indique le New York Times, BP Amoco n’a absolument pas renoncé à ses activités pétrolières en Alaska. L’entreprise reste l’une des plus actives sur ce territoire, elle qui extrait quotidiennement quelque 300000 barils de son gisement de Prudhoe Bay, presque un dixième de sa production mondiale. Un porte-parole de BP en Alaska confirme d’ailleurs l’intérêt de l’entreprise pour de nouveaux forages dans la région, et précise que la compagnie s’est retirée du groupe Arctic Power parce qu’il n’était pas de son ressort de prendre part à un débat avant tout politique. De fait, c’est le congrès des Etats-Unis qui devra se prononcer pour ou contre l’ouverture du Refuge aux derricks. Or la composition du parlement américain, désormais majoritairement républicain, semble jouer en faveur de l’industrie pétrolière. L’ouverture du Refuge constitue en effet un des axes principaux de la politique énergétique d’une administration Bush soucieuse d’indépendance énergétique. Athan Manuel ne désespère pas pour autant : « Le Sénat s’était déjà prononcé contre ce projet au début de l’année 2002. Nous pensons qu’il existe des chances pour que le Congrès, qui devrait se prononcer sur cette question au début du printemps 2003, fasse comprendre à la Maison Blanche que le peuple américain ne veut pas de ce projet« .

Walter Bouvais

Et plus récemment :

Le Sénat favorable aux forages dans une réserve naturelle en Alaska

16/03 Une majorité de sénateurs américains s’est déclarée mercredi favorable aux forages pétroliers dans une réserve naturelle au nord de l’Alaska, qui pourraient selon l’administration Bush produire environ 1 million de barils par jour, soit quelque 4 à 5% des importations pétrolières des États-Unis.

Le Sénat a rejeté de justesse, par 51 voix contre 49, un amendement défendu notamment par l’ancien candidat démocrate à la présidentielle John Kerry, qui aurait empêché l’administration Bush de faire avaliser les forages dans la réserve ANWR dans le cadre du simple débat budgétaire en cours.

« C’est un triste jour quand les voix du peuple américain sont ignorées et que le Sénat vend au plus offrant les territoires publics de l’Amérique », a réagi M. Kerry, promettant de continuer à militer contre les forages.

« Le vote d’aujourd’hui est un abus du processus budgétaire », a souligné pour sa part l’organisation écologiste Sierra Club, s’inquiétant du risque que les Etats-Unis sacrifient « l’un de leurs grands trésors naturels ».

Les débats budgétaires ne font que débuter au Congrès et doivent durer encore plusieurs mois, ce qui laisse planer une incertitude sur la perspective des forages dans l’ANWR.

Toutefois les deux sénateurs républicains de l’Alaska, qui militent inlassablement pour l’exploitation des richesses pétrolières de leur Etat nordique, ont exprimé un optimisme prudent après le vote du Sénat. « C’est une première étape », a souligné la sénatrice Lisa Murkowski.

Les organisations de défense de l’environnement, appuyés par plusieurs parlementaires influents, affirment que l’exploitation du pétrole dans la réserve menacerait l’écosystème de l’une des dernières régions totalement sauvages des Etats-Unis.

Située au nord du cercle polaire, cette large plaine côtière abrite notamment des ours polaires, des grizzlis, des loups, des caribous et plus de 150 espèces d’oiseaux. La seule présence humaine est celle des 210 habitants du village esquimau de Kaktovik.

La sénatrice Lisa Murkowski a cependant assuré que les autorités de l’Alaska imposaient des normes environnementales très strictes aux compagnies pétrolières, et que les dommages à la flore et à la faune seraient minimaux.

AFP