Quand des scientifiques s’occupent d’un président

(Agence Science-Presse) – C’était à prévoir: le couvercle de la marmite allait finir par sauter. La semaine dernière, plus de 60 scientifiques, dont 20 Prix Nobel, ont signé une lettre conjointe dénonçant l’ingérence de l’administration Bush dans la recherche scientifique.

Les auteurs y accusent le président et ses acolytes de « dénaturer et étouffer les connaissances scientifiques », tout particulièrement les connaissances qui vont à l’encontre de leur idéologie: réchauffement planétaire, pollution atmosphérique, sexualité et usage du condom, plomb dans la peinture, contrôle des armes nucléaires, etc. Ces étouffements se font en plaçant sur les comités scientifiques des hommes de main, en censurant des résultats ou en supprimant des comités de consultation.

Le texte incendiaire, une intervention politique rare dans le monde feutré de la recherche scientifique, est une initiative de l’Union of Concerned Scientists (UCS), un organisme américain à but non lucratif qui revendique 100 000 membres, scientifiques et citoyens. La lettre est accompagnée d’un rapport de 38 pages étayant les accusations -le rapport ne contient toutefois rien de plus qui n’ait déjà été rapporté par les médias américains ou sur cette page en août dernier (voir ce texte).

Parmi les signatures les plus prestigieuses: David Baltimore, président du California Institute of Technology, Harold Varmus, ancien directeur des National Institutes of Health, l’organisme-parapluie de la recherche en santé financée par le gouvernement, Sherwood Rowland, prix Nobel pour ses recherches sur la couche d’ozone, Steven Weinberg, Nobel de physique, Russell Train, qui fut directeur de l’Agence de protection de l’environnement sous les présidents Nixon et Ford.

Pour le président de l’UCS, Kurt Gottfried, physicien des particules à l’Université Cornell, la nature et la portée des interventions politiques en science sont « sans précédent ». C’est « l’éthique même de la science qui est en jeu », selon lui.

La Maison-Blanche a réagi en se disant déçue de cette déclaration, et en rétorquant que les décisions politiques étaient prises sur la base « de la meilleure science disponible ».

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