Ca c’est le réveil qui sonne. Parce que bon, il est temps de se réveiller les zamis :

Les chasseurs, toujours influents, remportent de nouvelles victoires
LE MONDE | 20.01.05 | 14h32

Mardi 25 janvier, la chasse fera l’objet d’un débat au Sénat, à travers la loi sur le développement des territoires ruraux. Malgré les revers électoraux de Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT), le gouvernement a accordé aux chasseurs les avantages, notamment financiers, qu’ils réclamaient.

« Depuis 5 ans, les politiques s’intéressent à la chasse comme jamais », se réjouit Paul-Henri Hansen-Catta, président de la Fédération des chasseurs de l’Aisne. Une fois de plus, les sénateurs ne devraient pas le décevoir.

Mardi 25 janvier, le Sénat devrait examiner, en deuxième lecture, le volet chasse de la loi sur le développement des territoires ruraux (DTR). Le texte comprend diverses mesures destinées à faciliter le quotidien des chasseurs : entraînement des chiens courants, utilisation des 4 x 4, définition de la chasse de nuit… Il prévoit, aussi, pour la première fois, la prise en compte financière des dégâts de gibiers dans les forêts, par les chasseurs eux-mêmes.

Bien que dépourvus de mesures emblématiques, la dizaine d’articles consacrés au sujet n’en a pas moins déjà mobilisé de nombreux parlementaires, de droite comme de gauche. Près de 200 amendements ont été présentés à l’Assemblée nationale, où les députés ont débattu trois jours du sujet en première lecture, en janvier 2004.

« Après la loi de 2003, ce nouveau texte aura permis de traiter tous les grands problèmes de la chasse », se félicite Ladislas Poniatowski, sénateur (UMP) de l’Eure et président du groupe d’études sur la chasse au Sénat. « Sur la plupart de mes amendements, j’ai obtenu un accord droite-gauche ou l’arbitrage favorable du premier ministre », y compris, dit-il, « souvent » contre l’avis du ministre de l’écologie, Serge Lepeltier, chargé du dossier de la chasse.

Plusieurs événements auraient pourtant pu laisser croire à un déclin de l’influence politique des défenseurs de la chasse. La diminution régulière du nombre de chasseurs, la déroute des candidats de Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT) aux élections régionales et européennes en 2004, les succès de la guérilla juridique des écologistes pour faire respecter les directives européennes sur les dates de chasse des gibiers d’eau auraient pu conduire les amoureux de la geste cynégétique à désarmer.

La loi du 30 juillet 2003 de Roselyne Bachelot, alors ministre de l’écologie, destinée à rassurer les chasseurs après le passage de Dominique Voynet au ministère de l’environnement visait à « dépolitiser » le dossier. Mais les combats passés ont laissé trop de traces. Et ce que certains appellent le « lobby de la gâchette » est resté mobilisé.

Le groupe d’études sur la chasse à l’Assemblée nationale n’a jamais été aussi nombreux. Fort de 217 députés, de toutes tendances politiques, il est aussi l’un des plus actifs. « Les députés ont adhéré en masse après la loi Voynet de 2000 sur la chasse », explique Jean-Claude Lemoine, président et député (UMP) de la Manche. Au Sénat, le groupe, présidé par M. Poniatowski, comprend 70 élus, dont… Mme Voynet, sénatrice (Verts) de Seine-Saint-Denis depuis septembre 2004.

Après les bons scores de CPNT à la présidentielle de 2002 (1,2 million de voix), les politiques ont compris la capacité d’influence et – de nuisance – électorale des chasseurs. « On sait désormais que le vote chasse existe quand celle-ci est menacée, constate M. Poniatowski. Pour avoir soutenu la loi Voynet, le député PS Vincent Peillon a perdu sa circonscription dans la Somme puisqu’une très grande partie de ses électeurs étaient chasseurs. » Alors que les structures collectives se délitent, les fédérations départementales de chasseurs restent les seules, loin devant les partis politiques, à mobiliser autant d’adhérents, à la campagne. La chasse est le « principal réseau associatif du monde rural », souligne Charles-Henri de Ponchalon, président de la Fédération nationale des chasseurs (FNC). « C’est probablement le lieu le plus important où les barrières sociales s’effacent », poursuit-il. « Dans l’Aisne, relève M. Hansen-Catta, sur 817 maires, 680 sont détenteurs d’un permis de chasse. » A l’heure où l’électorat est de plus en plus volatil, 1,4 million de chasseurs laisse de moins en moins les élus indifférents.

Les fédérations départementales restent le levier du pouvoir cynégétique. La loi Bachelot de 2003 leur a donné davantage de poids. Elles sont les seules interlocutrices des chasseurs de base pour la validation du permis de chasse. Financées par la cotisation obligatoire de tous les chasseurs, elles ont conservé, malgré la baisse du nombre de leurs cotisants et l’augmentation des dégâts de gibiers remboursés aux agriculteurs, « des moyens financiers très importants », souligne Jean-Pierre Raffin, ancien conseiller de Mme Voynet et président d’honneur de France Nature Environnement (FNE).

La Fédération nationale des chasseurs dispose de moyens suffisants pour employer, depuis dix ans, un lobbyiste professionnel, Thierry Coste, également secrétaire général du comité Guillaume Tell, qui rassemble les utilisateurs légaux d’armes à feu.

M. Coste revendique « l’utilisation de la polémique comme technique d’influence ». Qualifié, par certains, de « mercenaire », cet ancien conseiller de CPNT met ses réseaux au service des chasseurs quand il s’agit de les défendre au Parlement mais aussi auprès du gouvernement.

C’est par son entremise que le 30 août 2004, Nicolas Sarkozy, alors ministre des finances, recevait les représentants de la FNC. M. Sarkozy a fait droit à plusieurs de leurs revendications. Parmi celles-ci, l’engagement de ne pas augmenter la redevance sur le permis de chasse versée à l’Etat, malgré l’avis contraire du ministre de l’écologie, M. Lepeltier.

Le 23 décembre, M. Sarkozy recevait une lettre de « sincères remerciements » de M. de Ponchalon, président de la FNC, lui reconnaissant, au passage, le mérite d’avoir accordé 8 millions d’euros de l’Etat, en 2005, pour le financement de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage, établissement public dont le budget, déficitaire, est supporté par les chasseurs. Ceux-ci sont en passe, par ailleurs, d’obtenir un poids plus important au sein de l’Office.

Dès l’élection de M. Sarkozy à la tête de l’UMP, M. Coste s’est empressé d’obtenir un entretien. « Les chasseurs peuvent être les relais efficaces d’un discours politique qui prendrait en compte les nouvelles attentes de la ruralité », a fait valoir ce passionné de trophées.

Homme de confiance du président de l’UMP et conseiller régional de la région Auvergne, Brice Hortefeux concède : « Les chasseurs forment un lobby permanent avec un poids électoral intermittent auquel nous devons prêter attention. »

B. Jérôme

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Trois lois sur la chasse en cinq ans

Depuis 2000, trois lois ont été consacrées en tout ou partie à la chasse. La loi du 26 juillet 2000 reconnaît la chasse comme une « activité à caractère environnemental, culturel, social et économique ». Elle l’interdit le mercredi. Elle prévoit l’indemnisation par les fédérations de chasse des dégâts de gibier. Elle associe les chasseurs à la gestion des espaces et des espèces à travers la réalisation d’un schéma de gestion départemental de la chasse. Elle instaure le principe « un homme, une voix » pour l’élection des présidents de fédération, amendé par la loi de 2003, et supprime la tutelle des fédérations sur les gardes-chasse.

La loi du 30 juillet 2003 supprime le mercredi sans chasse. Elle allège les contrôles financiers sur les fédérations. Elle assouplit les conditions de la chasse de nuit des gibiers d’eau. La loi sur les développements des territoires ruraux, qui devrait être adoptée en février, prévoit des mesures portant sur les modes et les temps de chasse. Elle définit les conditions dans lesquelles les chasseurs devront dédommager les propriétaires forestiers pour les dégâts de gibier. Elle donne aux chasseurs une représentation plus importante à l’Office national de la chasse et de la faune sauvage.