Des notes récentes (Toru, Blob) réveillent pas mal de choses enfouies, ou plutôt décantées, en moi. L’amitié fémino-masculine par exemple, la vraie, celle qui fait dire « c’est mon meilleur ami, mon confident en toutes choses », celle qui fait poser sa tête sur l’épaule amie en toute confiance… celle que je rêvais de connaître et que je n’ai jamais rencontrée. C’est d’ailleurs suite à ça, déjà à l’époque, que je t’ai rencontré, te souviens-tu Ido ? Sur le net tout est plus facile évidemment… il n’y a pas les regards troubles, les intonations ambiguës, les gestes hésitants… On se pose moins de questions avec de bons vieux caractères times new roman taille 12. Le gris ne tarde jamais à se clarifier. Encore que. Il y a des contre-exemples.

Il y en a eu quelques uns, des essais grandeur nature d’amitié mixte… tous des flops.
Cédric, toi qui me donnais des petits surnoms ridicules mais attendrissants, toi qui m’envoyais par mail des petits poèmes maladroits dévoilant tes sentiments mais qui jamais n’aurais pu me les dire en face sans devenir rouge pivoine… Il n’y a pas eu de début ni de fin, jamais le mode « dramatique » n’a été activé, tout restait léger, en surface… qui sait, peut-être que si je te recontactais aujourd’hui, forte de ses « maladies de jeunesse », notre relation pourrait devenir cette amitié forte et profonde à laquelle j’aspire tant ? Ou bien les souvenirs parasiteraient tout cela…

Et toi Quang Vinh… quel gâchis cela a été. J’y croyais pourtant. Mais ça ne compte pas, j’y crois à chaque fois… On ne se connaissait pas plus que ça, on avait fait connaissance par un ami commun. On était tous dans la même faculté, dans la même année, et on s’entendait bien. Puis il y a eu ce fameux labo de chimie pendant lequel tu cherchais sciemment à m’énerver sur je ne sais quel sujet, et tu as réussi. Je t’ai envoyé ma main dans le ventre, sauf que j’avais oublié un détail, tes réflexes acquis avec les cours d’arts martiaux… tu me l’as tordue avec une rapidité et une facilité inouïes, et la douleur a été intense. Je t’ai planté mon stylo dans la main, cela en a tordu la plume. Cela aurait pu marquer la fin, ce fut le début. La violence était déjà présente.

Quelques jours après je recevais un petit paquet avec un stylo neuf et un petit mot plein d’humour où tu lui souhaitais plus longue vie… tu avais indéniablement meilleur caractère que moi. Nous nous voyions presque tout le temps par la suite, aux cours, aux tp, aux laboratoires, et on allait parfois prendre l’air en forêt le midi. Ca te faisait marrer comme un gosse de faire jour/nuit avec mes yeux de myope, qui se dilataient et se rétractaient tant. Tu m’appelais Miss Vahinée pour m’embêter, parce que je t’avais montré une photo de moi avec un petit pagne à la tahitienne et un collier de fleurs pour la fête de mon école, en 3e gardienne.

J’ai commencé à avoir des doutes quand tu m’as offert cette petite peluche pour mon anniversaire, un mignon hérisson tenant un petit bouquet de roses. Sur l’étiquette de fabrication il était écrit « with love », mais tu avais crayonné en-dessous « euh… c’est en trop mais tant pis ». Je t’ai cru évidemment. Ca te ressemblait bien. Et puis j’avais envie d’y croire, à l’innocence de notre relation.

La suite fut moins jolie. Le chantage affectif, le harcèlement au téléphone, les menaces de suicide, tu ne mangeais plus… et ça me rendait malade, de te voir souffrir autant, mais je ne pouvais rien y faire, un coeur ne se commande pas. Je ne pouvais pas être avec toi par simple pitié. On était dans une impasse.

Tu me demandais si j’étais heureuse. Si j’étais heureuse tu essayerais de m’oublier, disais-tu. Et moi incapable de te mentir, qui essayait de ne pas répondre pour ne pas être obligée de dire non… Que de souffrances ! Et que de culpabilisation ! Comment une personne aussi insignifiante que moi peut-elle déclencher autant de passion, de violence ? J’ai eu peur pour toi. Et pour moi aussi, à un moment. Tu étais devenu fou. Combien de temps cela a-t-il duré ? Une année, deux ?

Finalement tu as pris le seul chemin qui se présentait. Pendant les deux ans qui ont suivi, tu ne m’as plus adressé la parole et tu m’évitais partout, tout le temps. J’en souffrais aussi, mais je préférais cela. Du même coup, j’ai perdu de vue notre ami commun, à qui tu n’avais rien dit et moi non plus, car il me souriait trop quand on se voyait.

Tant de douleurs et de sentiments ressurgissent encore en moi aujourd’hui quand je repense à toi… qu’es-tu devenu ? Je ne doute pas que tu aies repris goût à la vie et connu de charmantes demoiselles qui auront cicatrisé tes blessures… m’en veux-tu encore ? penses-tu seulement encore à moi de temps en temps ?

Moi oui, je pense encore à toi. Je pense à chacun d’entre vous. C’est comme si chaque personne qui a compté pour moi avait établi un campement indélogeable dans une parcelle de mon coeur. Et régulièrement quelque chose vient me faire penser à l’un ou à l’autre… un visage, un mot… et c’est comme si un tiroir s’ouvrait, avec tous mes souvenirs dedans. Certains bien rangés, d’autres pêle-mêle, qui ressurgissent soudain… tu sais, comme ce petit « K.O. » qui était brodé sur mon sein gauche quand j’étais allée te chercher à la gare. Comme j’envie ceux qui ont réussi ce défi de la « meilleuramitié » mixte…