Comme vous le savez, il existe plusieurs sous-espèces de mauvais conducteurs. Celle dont je vais vour parler aujourd’hui est la race des mulets.

La caractéristique principale du mulet est d’adopter une vitesse constante quelles que soient les circonstances. De ce fait, je soupçonne le mulet d’être un adepte du cruise control, même si cela n’a jamais été démontré scientifiquement. Il existe des mulets réguliers, la vocation venant souvent avec l’âge, et des mulets occassionels – de là, la célèbre expression : l’occasion fait le mulet.

Le mulet choisit de préférence l’heure de pointe (quoi qu’on le rencontre également fréquemment le dimanche – il n’y a plus de saison ma brave dame) et les routes où il est impossible de le dépasser. En effet, le mulet ne se sent dans son élément que lorsqu’une longue file de véhicules le suit, et qu’il a la route libre devant lui. Les éthologues expliquent aujourd’hui ce comportement singulier par un complexe d’infériorité refoulé. A noter qu’il en devient donc particulièrement dangereux s’il rencontre un mauvais conducteur de la première sous-espèce (les « la-route-m’appartient-et-je-suis-toujours-pressé« ).

Les caractéristiques secondaires du mulet sont de ne jamais mettre son clignotant et de couper la ligne blanche dans les tournants. La raison en est simple, le cerveau du mulet régulier n’est pas multi-tâches. Tourner le volant ou actionner un clignotant nécessite beaucoup trop de ressources. Quant au mulet occasionnel, toutes ses ressources sont déjà lourdement sollicitées par d’autres tâches (il est généralement en train de manger, boire, fumer, téléphoner, s’admirer ou se recoiffer dans le miroir, etc.)

Comment diagnostiquer un cas de muletitude ?

Illustration : hier soir, je suis tombée sur un mulet occasionnel. Que les panneaux indiquent du 70, du 90 ou du 50, il faisait imperturbablement du 60km/h. Pas de doute, c’était un mulet. J’ai diagnostiqué un mulet occasionnel car vers la fin de notre lente ballade commune, j’ai remarqué que son plafonnier était allumé et que le mulet lisait en fait une carte routière en même temps qu’il conduisait.

En Belgique, nous disposons d’un atout supplémentaire pour reconnaître les mulets par vocation. En effet, les plaques numéralogiques sont associées au conducteur, non à la voiture, et il faut savoir que les plaques récentes comportent toutes 3 lettre suivies de 3 chiffres. Les conducteurs âgés, population à risque concernant la muletitude, n’ont que deux -voire une seule- lettre(s) sur leur plaque, qui est d’ailleurs souvent à moitié effacée par l’usure – et pire, la lettre n’est pas forcément au début, elle peut se situer au milieu ou à la fin des chiffres. Dans le cas illustré, la plaque comportait 3 lettres et 3 chiffres, ce qui conforte bien la thèse du mulet occasionnel.