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Le plateau de Fanes et le lac vert au départ de Pederü
Un long trajet en voiture nous attend également aujourd’hui, mais “à plat” cette fois. Nous remontons le val Badia (après un tournant à gauche, un tournant à droite) et redescendons dans le val voisin. Après San Vigilio di Marebbe, la petite route déserte longe joliment le fond de vallée au milieu de la forêt ; elle est assez droite – ce qui est “dépaysant” !
Arrivés à l’Ostaria Pederü (alt. 1548m), une personne se met au milieu de la route pour nous arrêter. Il s’agit en fait du racket habituel pour le parking. Seulement nous ne comptions pas nous arrêter ici, sur notre carte la route continue… on nous répond chiuso ! Pas de chance ce sont des routes barrées, on ne pourra pas aller plus loin.
On fait demi-tour et on retourne se garer au dernier petit parking autorisé gratuit (je déteste qu’on me force la main). Il n’est pas tout près, ils ont évidemment interdit le stationnement sur les quelques kilomètres avant le refuge. Le “point info” fonctionne toujours : des Allemands s’arrêtent pour nous demander leur chemin. Y a qu’une route, vous ne pouvez pas vous tromper !
On réfléchit à ce qu’on va faire, car la route interdite va nous rallonger sacrément la randonnée prévue pour aujourd’hui… on décide de se lancer quand même, on verra bien où on arrivera.
Le temps de discuter et de revenir à pied jusque Pederü, il y a déjà beaucoup plus de monde. C’est l’heure des départs. Nous achetons une IGN (en ladin ??) à l’auberge et empruntons le sentier n°7 en s’efforçant de distancer les groupes bruyants, négligeant de tenir leurs enfants chiens en laisse alors que nous sommes dans un parc naturel (Fanes-Senes-Braies). Aucune chance de voir un animal par ici : ça crie comme au marché, le sentier est embouteillé et le moindre buisson parsemé de papier wc…
Il fait une chaleur de plomb, le sentier monte raide puis arrive sur un plateau buissonneux (un genre de genêts ?) en légère descente, ensuite cela recommence à monter, etc. C’est trompeur car à chaque fois on se croit arrivé en haut. Mais plus on monte, moins il y a de gens, alors ça motive !
Nous croisons de temps à autre la fameuse route barrée, sur laquelle des groupes de cyclistes progressent. Au final, une belle descente en courant dans la végétation et nous voilà sur une section plate et sablonneuse.
Le sentier remonte de plus belle après, au milieu de magnifiques racines. A partir du lac Piciodel, le sentier emprunte des portions de plus en plus larges de route, ensuite il n’y a plus qu’elle. En contrebas se trouve un ruisseau nommé rü d’Al Plan.
Après une ferme, le chemin se divise en deux : une branche en cul-de-sac se dirige au sud-ouest vers la “hutte” (ütia) de Lavarela, l’autre branche va au sud-sud-est vers la ütia de Fanes, c’est la alta via Dolomiti (haute voie des Dolomites) qui se poursuit en semi-carrossable vers le lac de Limo et ücia de Gran Fanes. A noter, traînant sur le bord de la route, une… couche jetable pour bébé !!
Nous nous posons sur un banc deux minutes le temps de regarder la carte, quand une poule rousse quitte la ferme et vient nous dire bonjour… habituée aux touristes, elle nous fait du charme pour avoir à becqueter ! Je la caresse et lui donne quelques bouts de pain, elle irait bien se servir elle-même dans mon sac à dos
Nous décidons de faire les deux côté du triangle : d’abord aller à la hutte de Fanes (alt. 2060m) et de là un sentier coupe vers l’ouest pour rejoindre le refuge de Lavarella (alt. 2042m) en passant près du lac vert (lé vërt). Cette boucle nous permet de tout voir sans devoir revenir sur nos pas, et nous espérons qu’il y aura moins de monde au milieu de nulle part pour manger tranquillement.
Le terrain est étrange par ici, c’est comme si nous marchions sur des plaques verticales qui ne sont pas toutes à la même hauteur, avec de petits trous profonds. J’avais déjà vu quelque chose d’équivalent dans le Vercors mais n’ai pas retenu le nom du phénomène.
Le sentier ne passe pas exactement au lac donc nous le quittons pour réaliser notre plan “pic-nic au bord de l’eau”. Nous y sommes tranquilles, il y a seulement quelques personnes sur la rive d’en face. On fait sécher les chaussures et les chaussettes pendant qu’on déguste une moelleuse foccacia à la tomate cerise.
Le temps change, la température a chuté et le vent se lève, le ciel est envahi de nuages. De miroir, la surface du lac devient ridée. Nous frissonnons d’être restés immobiles, il est temps de ranger les affaires pour rejoindre le refuge de Lavarela et y prendre un onctueux chocolat chaud en guise de dessert !
Est-ce que quelqu’un saurait me dire pourquoi ce pauvre veau a cette ferraille devant la bouche ??
Nous montons au-dessus du refuge pour poursuivre la promenade avec le sentier n°12, tapissé d’aiguilles. Il est très agréable et peu fréquenté, c’est un vrai bonheur !
Il y a bien une petite bruine qui tombe de temps à autre, mais rien de désagréable. Nous voyons plusieurs marmottes au loin, ce qui suffit largement à compenser !
Le sentier monte, monte, monte, on passe à un moment par des terrasses naturelles de toute beauté formant des marches d’escalier pour géant.
Les montagnes prennent une autre dimension sous cette atmosphère pluvieuse et nuageuse. On commence à fatiguer mais on voudrait arriver au “col” d’où on pourra enfin voir le plateau de Fanes s’étendre devant nous.
C’est une étendue immense et désolée, entre gris clair et gris foncé, avec des zones où la végétation parvient à se maintenir. La météo est idéale pour donner tout son caractère au lieu.
Ces chaos de roches forment un paysage lunaire. Oh tiens, il y a des habitants sur cette étrange planète !
Pas très bavardes, ces vaches… mais bien mignonnes. Elles n’ont pas grand-chose à brouter.
Ce qui est impressionnant dans ce lieu presque sans vie, c’est le silence qui frôle l’absolu.
Nous continuons d’avancer sur le sentier 12, le plan mentionne un grand lac (Lé Parom) et l’apercevoir nous permettrait d’être certain de notre situation sur la carte. Il s’agit en fait d’une grande dépression dans le terrain, mais il n’y a quasiment plus d’eau dedans.
J’essaie de convaincre AàG de poursuivre le sentier n°12 jusqu’au croisement avec le n°7. Cela ne devrait plus être loin, et nous permettrait de rejoindre la hutte Lavarela par l’autre côté de la montagne nommée banch dai torchi sur notre carte.
Je n’ai pas envie de reprendre le même chemin au retour, d’une part parce que je le connais déjà, d’autre part parce que je sais que mes genoux en souffriraient (trop pentu).
AàG n’est pas enthousiaste car le temps devient de plus en plus menaçant et nous ne sommes pas équipés pour un orage en montagne. Par ailleurs il se fait “tard” si l’on considère la longueur de la route du retour. AàG pense que nous sommes trop fatigués pour prendre le risque d’aller plus loin, on ne sait pas si le croisement sera correctement indiqué ni même si on ne l’a pas déjà dépassé, car il est difficile de prendre des repères dans ce genre d’environnement.
Mais à ce jeu-là, c’est le plus têtu qui gagne donc nous avons poursuivi
Et on ne l’a pas regretté. On s’est fait crier dessus par plein de marmottes, on a couru dans les descentes, et on s’est fait doucher comme rarement on l’avait été, jusqu’aux os !
En quelques minutes on s’est retrouvé dégoulinants et hilares ! Heureusement on n’a croisé aucun humain de tout le trajet, sinon il nous aurait pris pour des tarés
Même les chèvres de Lavarella s’étaient mises à l’abri, pas folles !
Certes le retour fut long (très long) et laborieux (très laborieux), mais au final ni AàG ni moi regrettons d’avoir fait “le grand tour”. Il était 18h30 à notre arrivée à l’auberge de Pederü, de là il a encore fallu rejoindre la voiture avant d’enfin pouvoir enlever nos bottines de marche et asseoir nos fesses (rha, ça fait du bien !)
Nous soupons au premier village croisé, c’est-à-dire San Vigilio. Le premier établissement, une trattoria, veut nous faire manger sur des tabourets de bar sous prétexte que nous ne sommes que deux et que nous ne pouvons donc pas avoir accès à la salle de restaurant. Nous partons.
Le deuxième, un ristorante (Tabarel), nous semble assez cher mais nous sommes trop fatigués pour continuer à chercher, et puis nous avons faim !! Ce fut un excellent choix car les plats (nous avions choisi des spécialités ladines) étaient fins, délicieux, servis avec art, et ce fut de loin le meilleur repas de tout notre séjour. Quel dommage que nous ayons été raisonnables : nous n’avons pas pris de dessert !
Passo Valparola, galleria Goiginger et fortifications de Cinque Torri
Nous allons en voiture jusqu’au Passo Valparola. Le parking du refuge (alt. 2168m) est plein à craquer, nous nous garons un peu plus loin, près du musée de la guerre occupant un ancien fort.
Nous descendons vers le lac et suivons le sentier vers un point indiqué sur notre carte comme “grotta“. C’est intriguant car le phénomène de grottes est globalement absent dans les Dolomites.
Il s’agit en fait d’une petite galerie militaire creusée dans la roche. De hauteur d’homme, elle est d’une largeur suffisamment confortable pour permettre à deux personnes de se croiser.
Des ouvertures en rateau ont été pratiquées en plusieurs endroits afin de créer de discrets postes d’observation, donnant notamment sur la route en contrebas.
Cela nous donne envie d’aller voir un point similaire sur la carte, un peu plus loin, à peine moins facile d’accès. Sur la carte se trouve simplement la mention “galleria Goiginger”, du nom d’un général autrichien.
C’est un réseau assez étendu composé de plusieurs galeries. Certaines sont basses et étroites, d’autres s’élargissent jusqu’à former de vraies petites salles.
Globalement horizontales, il existe également une petite galerie descendante qui mouille un peu les pieds.
Il y a des restes d’aménagements tels que : escaliers, socles en béton (notamment pour le groupe électrogène), réservoir à eau, isolateurs électriques, cadres en bois pour les armes lourdes (canons), etc.
Les galeries longent la barre rocheuse (Sasso di Stria) et, à intervalles réguliers, des diverticules partent vers les postes d’observation et de tir – principalement des mitrailleuses.
Les petites ouvertures vers l’extérieur vont souvent par paires. Elles permettaient de surveiller un endroit stratégique : le Passo Falzarego.
Il existe également plusieurs “vraies” sorties permettant le passage de gros matériel (et une éventuelle évacuation ?).
Le tunnel Goiginger est un ouvrage impressionnant par sa longueur (1 km ? la fin est effondrée) et le travail qu’il a dû nécessiter. Il faut dire que la zone était particulièrement critique, la guerre y a fait rage entre Italiens et Autrichiens.
A notre sortie, la buée se forme immédiatement sur l’objectif refroidi par son passage en souterrain. Ca donne un effet rigolo
Nous retournons à la voiture pour pique-niquer.
Nous décidons d’aller voir de plus près les “cinq tours” : Cinque Torri (dont l’une s’est effondrée il y a quelques années). Il y a beaucoup de voitures garées là car un télésiège y monte, nous préférons emprunter le sentier pédestre qui part depuis le lago Bai de Dones (alt. 1889m).
Le chemin s’enfonce paisiblement dans la forêt. Il n’y a pas grand-monde qui l’emprunte, seulement quelques promeneurs qui le redescendent. Dommage que même d’ici on entende encore le hurlement incessant des motos sur la route du col
Les principaux ouvrages sont des tranchées dont les murs sont en pierres sèches. Elles ont été creusées il y a un siècle.
Parfois, au détour d’un tournant, on tombe sur une petite caverne creusée dans le rocher pour stocker du matériel.
Certaines trincea se devinent à peine de nos jours… comment imaginer des soldats ici ?
En réalité beaucoup étaient doublées de bois, avec toitures et faux planchers. Les militaires y dormaient.
Nous nous rapprochons progressivement du Cinque Torri, il y a plusieurs groupes de grimpeurs qui s’adonnent à l’escalade sur les parois fragmentées de ces colonnes dolomitiques.
Le paysage est majestueux et plaît énormément à AàG.
Le “point info” tatoué sur mon front marche même en Italie, nous renseignons donc d’autres touristes en perdition
Voici des entrées de tranchées couvertes :
On y retrouve comme d’habitude des postes d’observation et de tir.
Ce sont bien sûr des reconstitutions. Nous remontons ensuite via un esthétique vallon obscur.
On fatigue un peu, c’est notre premier jour et je commence à avoir mal aux pieds. Nous redescendons en télésiège, sa lenteur nous permet d’admirer à notre aise les paysages. C’est très agréable de ne plus avoir les pieds qui touchent le sol et AàG bêle de tous ses poumons vers le troupeau de moutons au-dessus duquel on évolue
Nous ne résistons cependant pas à faire une petite reconnaissance vers un point nommé “village militaire” sur la carte, le sentier nous plaît beaucoup mais nous ne verrons rien de spécial. Nous n’insistons pas trop, la fatigue et la faim se font sentir !
Nous retournons jusqu’à La Villa pour souper. Il est utile de savoir qu’il y a vaguement l’équivalent des carafes d’eau françaises dans la plupart des restaurants italiens : l’acqua in brocca. C’est une cruche d’eau du robinet qui n’est pas gratuite mais à un prix – évidemment – bien plus bas que les bouteilles d’eau minérale. Etant donné qu’après une chaude journée de marche en montagne je bois sans peine un litre d’eau à moi toute seule, c’est idéal
Deux jours de voyage, incluant une pause à Imst (Rosengartenschlucht)
Nous partons le dernier samedi d’août, et dans chaque pays traversé il y a beaucoup de travaux sur les routes. Nous devrons également nous farcir plusieurs embouteillages en Allemagne.
Une chambre avait été réservée pour la nuit au Gästehaus Almrausch dans le petit village autrichien de Nassereith, mais lorsque nous arrivons il y a une lettre scotchée sur la porte extérieure avec mon nom dessus. Quelques lignes en allemand nous apprennent qu’ils nous ont réservé une chambre au bed & breakfast Maria, juste à côté ! En fait ils ont préféré relouer notre chambre à des touristes restant plus qu’une seule nuit… Je trouve cela fort de café car déjà, quand on reste seulement une ou deux nuits chez eux, ils augmentent sérieusement le prix de la nuitée ! Et ils n’ont même pas la politesse de nous l’apprendre en face…
Quand on va sonner à côté, la dame nous explique, également en allemand, qu’elle affiche complet. On lui montre la lettre de l’autre gästehaus disant que c’est réservé pour nous chez elle… Elle est embêtée, apparemment elle avait pourtant expliqué à la 1ère logeuse que ce n’était pas possible ! Ou alors elle a également reloué à d’autres gens ? Dans tous les cas, on se retrouve sans logement, on n’a pas encore soupé et la nuit tombe. On n’a pas d’autres adresses sous la main, étant donné que c’était réservé (pour une fois qu’on est organisé !)…
La dame va donner un coup de fil et essaie gentiment de dépatouiller les choses pour nous… Un type arrive en grosse voiture et va droit au but : il a encore une chambre libre pour cette nuit, c’est 30 euros par personne, est-ce que ça nous intéresse oui ou non. C’est plus cher et il ne nous inspire ni confiance ni sympathie mais bon, c’est pas comme si on avait beaucoup d’autres choix.
On le suit en voiture jusqu’à l’autre bout du village, il tient un grand hôtel s’appelant Seeblick. Tout un car d’Allemands y est descendu. Nous mangeons par facilité au restaurant de l’hôtel, la cuisine est correcte et le prix aussi. On fait ensuite une courte promenade dans le village, il y a beaucoup de chats et un assez joli lac.
La chambre n’est pas terrible, surtout la salle de bain. Ca ne vaut pas le prix demandé. Une bonne rénovation serait nécessaire, même pour les couloirs ! Jusqu’à tard, on entendra à l’étage du dessous toutes les chaises et tables qui sont remises à leur place suite au souper du bus. Un bruit de machinerie (ventilation ?) nous empêchera de dormir jusque 4h du matin. Bref, la joie.
Le lendemain matin, nous petit-déjeunons en compagnie d’une horde de chamois d’Allemands. Les fenêtres de la salle donnent sur une énorme paroi rocheuse dominant le village. Nous y verrons plusieurs chamois.
Nous filons vers Imst pour achever la promenade du Jardin des Roses (Rosengarten) entamée un soir quelques années plus tôt…
Cette gorge perd indéniablement de son charme avec la surfréquentation due à un dimanche ensoleillé pendant les vacances scolaires. Il y a notamment des troupeaux entiers d’adolescents beuglant qu’on laisse passer. Difficile de prendre des photos vierges de monde… mais pas impossible.
Le chemin est souvent constitué de passerelles en bois, il y a des ponts, des tunnels, c’est très ludique.
Arrivés en haut, nous nous laissons séduire par un panneau “Blaue Grotte“… il s’agit en fait d’une petite mine de plomb argentifère. Elle aurait déjà été exploitée au temps des Romains, qui en auraient tiré la galène par exploitation au feu.
Une étroite galerie de 35m de long part de la salle d’entrée, mais il aurait fallu le maillot de bain pour la visiter ! Un petit ruisseau fait cascade pour rejoindre la gorge et entre en partie dans la mine.
Nous allons jusqu’à Arzl im Pitztal dans l’espoir de trouver un coin tranquille pour le pic-nic de midi, mais les routes sont toutes envahies de motards. C’est donc dans un bruit incessant et stressant que nous mangeons dare-dare avant de reprendre notre chemin.
A peine la frontière italienne passée, nous tombons sur un embouteillage de presque 10km. Cette portion d’autoroute, constituée quasi exclusivement de viaducs et de tunnels, est à péage… et c’est la station du péage qui provoque ces files.
Nous arrivons finalement à notre destination, au sud de Badia : un village nommé “La Villa” en italien, “La Illa” en ladin et “Stern” en allemand. On pose les bagages et on va se détendre le long de la rivière Gadera et ses prairies si vertes.
Ce soir-là il y a une fête au village et plein de gens sont en habits folkloriques. Il y a un ensemble musical local qui joue même bien, si si. Nous irons manger un peu à l’écart, par besoin de calme.
C’est toujours utile quand on prépare un voyage, aussi je publie ici les principales lignes du budget de nos vacances dans les Dolomites. Nous avons principalement visité le Trentin-Haut-Adige (Alto Adige – Südtirol) et une petite partie de la Vénétie (province de Belluno). Read the rest of this entry »
Vêtus tous deux d’un polo jaune, détail qui a son importance comme nous le verrons par la suite, AàG et moi randonnons depuis le matin. Le Creux Chêne où se réunissent les sorcières est derrière nous depuis longtemps et le chemin commence à nous paraître franchement long quand soudain…
Arrivés au lieu-dit, perdu sur un flanc de montagne couvert de forêts, un korrigan sort de son antre et nous lance d’un ton réjoui : “Alors les canaris ! On s’est fait mouiller par la pluie ?”
S’en suivit une invitation en bonne et due forme “Bon c’est l’heure de l’apéro, rentrez boire un pot !”
(les korrigans s’expriment toujours en rimes, ainsi que je l’ai appris récemment)
Et c’est ainsi qu’on se retrouva attablés avec une boisson artisanale locale qui ressemble à notre maitrank, et très vite les fruits secs firent leur apparition… je voulus en tirer de mon sac pour apporter notre part au régal mais “Qu’est-ce que tu veux que je fasse avec ta p’tite boîte, là ! Allez range ça, m’emmerde pas !”
Une tranche de pain avec du jambon maison plus tard, nous revoilà sur la route, ragaillardis et séchés, l’estomac et le coeur heureux de cette rencontre. Merci Brandu !
Il m’en aura fallu du temps pour le finir, ce récit… mais voici donc la dernière partie enfin achevée. Elle est sous mot de passe par souci de protection du lieu, qui semble avoir déjà maintes fois souffert par le passé. Je ne voudrais pas que n’importe qui arrive ici à travers les moteurs de recherche, qui sont peu bavards sur le sujet.
Je donnerai le mot de passe aux habitués du lieu qui en feront la demande et qui sont susceptibles d’être intéressés par le sujet.
Pour clore ce voyage, voici quelques photos prises sur la route du retour…
18 septembre 2008 – La vallée du bout du monde
La nuit chez Sergio Laffranc ne fut pas terrible. On n’avait pas remarqué lors de notre court passage pour déposer les bagages qu’en plus d’être minuscule et vieillot, ce n’était pas des plus propres… sans parler de la salle de bain où c’est tout juste si on a osé se doucher.
Le petit déjeuner est servi par la même dame que la veille, dans une salle qui pue la cigarette. La logeuse est prise de quintes de toux impressionnantes – juste au-dessus des casseroles chauffant l’eau et le lait, miam. De toute façon le café est imbuvable et le reste est à l’avenant. Je lui dis qu’on s’en va et que je vais lui régler le prix de cette nuit. On avait dit au départ qu’on resterait probablement quatre nuits, mais elle n’a pas eu l’air surprise de notre départ anticipé et n’a posé aucune question !
On examine la liste des autres logements à Aymavilles, le choix commence à être restreint. On décide d’aller voir une chambre d’hôte en plein centre ville (frazione Chef-lieu) : le Clair de Lune. Nous y allons à pied et nous voyons passer en voiture un des serveurs de La Pinèta, qui nous reconnaît et nous fait signe ![]()
On passe sous une charmante voûte et la maison se situe en retrait de la route, au calme, ce qui apaise nos craintes. Le logement s’accède par une petite porte latérale. La chambre est assez basse de plafond mais grande et propre. Notre logeuse est Angela Luna, elle est très sympathique. Nous négocions un peu le prix et posons nos valises. On voit qu’Angela aime beaucoup l’art de la décoration car où que l’on tourne son regard on découvre de nouvelles choses, même après plusieurs jours ! (aperçu photographique du côté le moins décoré tout en bas ^^ )
Il est temps de partir pour la vallée du bout du monde, que nous avait conseillée Michelino devant notre déception de n’avoir pas encore vu de bouquetins mâles ! Et effectivement, on n’est même pas encore tout à fait à destination que soudain je ralentis. En contrebas, près de la rivière, un vieux bouquetin des Alpes prend son petit déjeuner (le 2ème sans doute, car il est 9h
), peinard juste à côté des jardins (si pas dans un jardin !) Une voiture arrive derrière nous et le monsieur sort également son appareil photo ^^
Nous trouvons le chemin et commençons l’ascension dans la forêt. Le coin est riche en faune, ainsi que nous l’avait dit Michelino, car là aussi on fera rapidement des rencontres : principalement des chamois mais aussi des volatiles (un grimpereau et une mésange huppée floue en arrière plan).
Vu le maigre petit-déjeuner de ce matin, nous pique-niquons bien avant midi, près de l’arbre aux oiseaux. La montée continue ensuite paisiblement, et les arbres se clairsèment au fur et à mesure.
Après cette petite chapelle et le refuge ci-dessous, la vallée suspendue s’ouvre et le chemin ne monte plus beaucoup. Nous avons dû faire quelque chose comme 800m de dénivelée depuis la voiture.
Nous ne croiserons qu’un seul humain de toute la journée, et encore je me demande si ce n’était pas le monsieur qui tient le refuge…
Les marmottes sont très timides mais on les comprend ! Il y a manifestement des carnivores dans le coin.
Nous suivons la rivière et voyons dans la vallée des petits points. Des troupeaux de petits points. Des troupeaux qui bougent !
Ils ne sont pas en formation compacte, ils sont détendus et broutent tranquillou. On a beaucoup de mal à traverser la rivière “à sec” pour pouvoir les rejoindre, les pierres sont soit trop distantes, soit trop glissantes, soit trop instables, soit les trois à la fois !
On ne sait plus où donner de la tête, on essaie de les approcher le plus possible sans se faire remarquer mais ces satanées marmottes donnent l’alarme
Les troupeaux sont mixtes. Chamois et bouquetins, ces derniers en nombre plus restreint. Leurs cornes sont impressionnantes. Chez un adulte elles peuvent atteindre 1m et peser jusqu’à 3 kg chacune ! Et malgré cet handicap pour son équilibre, il peut se déplacer rapidement et avec agilité quand il y a nécessité.
C’est trapu comme bestiole ! Leur joli piercing à l’oreille permet de les identifier et de suivre leurs mouvements dans les vallées.
Il y a facilement trois ou quatre bouquetins, on est tellement heureux de les voir qu’on les mitraille ^^
Dixit AàG : “Regarde, ils sont tellement gras et musclés qu’on voit leurs veines comme Arnold Schwarzenegger !”
Tout au bout de la vallée se trouvent les ruines de quelques maisons d’altitude. Là encore, nous trouvons des morceaux de squelettes éparpillés… le tout bien nettoyé !
Le toit de pierres est encore en bon état, mais ce n’est pas le cas de tout le bâtiment…
Un bouquetin que nous n’avions pas encore remarqué se prélasse dans la caillasse.
Il ne bouge pas et nous observe, flegmatique, manifestement pas trop inquiet. Mais à un moment, nous avons tout de même dû franchir une ligne rouge invisible car il s’est levé et s’est éloigné avec lenteur et dignité.
Petit à petit nous revenons au début de la vallée, de l’autre côté de la rivière.
Les chamois sont contents de notre départ, ils sont plus anxieux et plus vifs.
Nous aurons quelques difficultés à retraverser la rivière (zones un peu marécageuses) mais rien de bien méchant.
Nous repassons le refuge, puis la chapelle…
Tout au long de la descente, nous croiserons encore beaucoup de chamois. Comme le sentier serpente et que nous sommes relativement silencieux, nous nous retrouvons plusieurs fois à une dizaine de mètres seulement de distance… Sur la plupart des photos, ils ont encore des brins d’herbe qui dépassent de leur gueule ^^
Je n’avais jamais entendu le cri du chamois, mais là, du fait de les “surprendre” ainsi, on y a eu droit plusieurs fois !! Tellement ils étaient outrés de notre “invasion” sur leur territoire ! C’est très surprenant, je n’aurais jamais cru qu’ils émettaient un son pareil. Cela ressemble vaguement à un feulement de chat mais en plus “chuinté”. Un peu comme un sifflet !
Sur la route, nous avons été piégés par un panneau “restaurant”… il était en fait situé à plus de 7km de là, au bout d’une route montant vers nulle part… et c’était chiuso, bien sûr. Finalement nous irons manger une simple pizza et hop, retour au Clair de Lune.






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