Comment on a tenté de rejoindre le sommet du Gramos via Gesos…
La nuit fut mauvaise, le logeur et des touristes discutant bruyamment jusque fort tard dans la nuit (4h selon AàG, je me suis endormie plus tôt). Par contre il s’est levé pile à l’heure dite pour le petit-déjeuner et ce fut délicieux, on a même eu droit à une copieuse omelette. Le meilleur p’tit-déj’ du séjour sans hésiter !
Malgré qu’il soit encore tôt et que les autres touristes vont manifestement se lever tard, le logeur nous annonce qu’il ne peut pas nous conduire à Ghessos (il dit qu’il doit travailler, à mon avis il va plutôt se recoucher
) Son ami non plus car il a dû se rendre en ville… et apparemment il n’est pas motivé à nous trouver quelqu’un d’autre au village qui pourrait nous y emmener.
C’est un peu la douche froide pour nous, même si nous avions quelques craintes que ça ne tourne ainsi.
Il semble en effet que la loi de Murphy soit particulièrement puissante dans cette région.
On joue le tout pour le tout, on décide de s’y lancer à pied.
On n’a qu’une journée et un bout de mollet à y perdre, après tout !
La seule chose qui est sûre et certaine, vu l’expérience de la veille, c’est que le début va être terriblement long, malgré notre ferme détermination à emprunter les raccourcis photographiés sur la carte des Anglaises la veille.
La montée est rude, on coupe au travers des pentes pour gagner du temps. On avale la dénivelée, tête baissée. Concentrés sur le but qu’on s’est fixé.
Ma motivation est juste : je veux arriver au bout pour en finir avec ce coin, et avec un peu de chance je serai agréablement surprise.
Ça me ferait plaisir de redescendre conquise par les merveilles découvertes au sommet du Grammos ! Mais j’essaie de ne pas y mettre trop d’espoir quand même.
Concentrée sur le chemin à parcourir et à l’affût d’éventuelles clochettes d’ovins, je ne sortirai pas mon appareil photo de toute la rando.
Je guette le premier aboiement… mais rien ne vient. L’attente est souvent plus dure que la confrontation dit-on.
Le ciel se fait parfois menaçant, il fait extrêmement chaud et lourd. Nous avons monté 900m en 3h et, malgré les nuages, nous suons incroyablement. Nous sommes trempés des pieds à la tête. De vraies serpillières humides
Le paysage a changé, plus aucun arbre n’interrompt l’horizon.
A l’infini, des vallons d’herbe jaunie brodée de pierres…
Entre deux hors-pistes, nous retombons toujours sur la route des 4×4 mais aucun véhicule ni piéton ne passera par là. Dommage !
Nous arrivons en vue de Gesos et de son monument militaire, une sorte d’obélisque en mémoire de la guerre civile.
De là-haut, une silhouette minuscule s’égosille. Un berger ? Un touriste ? Nous ne savons pas si cela nous est adressé, de toute façon c’est en grec et nous ne comprenons rien. Ça ressemble à des menaces ou des avertissements, le ton n’est pas spécialement sympa mais faut avouer que s’arracher les poumons donne rarement une chaude voix glamour.
C’est juste après qu’AàG les repère. Une douzaine de chiens de berger. Le troupeau est loin au-dessus de la piste que nous allons emprunter, le passage est sans doute jouable. D’autant plus que nous avançons sous le vent.
Et effectivement, ça passe ! Quand les chiens nous sentent, nous sommes déjà plus loin. Une demi-douzaine d’entre eux dévalent la pente en hurlant, nous continuons à marcher de notre pas pressé, mais sans courir. Ils se sont arrêtés à une frontière invisible et se contentent de nous surveiller en aboyant leur rage. Ils sont tout de même particulièrement susceptibles car leur troupeau est vachement loin
Lorsque le chemin fait une légère boucle qui revient dans leur direction, ils se déchaînent de plus belle comme si c’était une provocation de notre part… heureusement le chemin s’éloigne ensuite de façon constante. Les chiens agressifs et nombreux, ça me stresse. J’ai mon opinel en main.
On est donc passé. Sauf que. Il y a un hic. Le chemin passe dans les arbres et fait ensuite… une épingle ! Il longe la crête en contrebas et passe au-dessus du troupeau avant d’arriver au monument d’où part enfin le sentier vers le Grammos.
On décide de s’accorder une pause pour pique-niquer et réfléchir à comment contourner la difficulté. L’ambiance oscille entre découragement et colère. Putain de berger qui s’est approprié la montagne et qui n’est même pas là pour garder ses molosses !
On aperçoit au loin deux humains chanceux, se trouvant du bon côté des chiens. Par où diable sont-ils passés ? AàG voudrait marcher sur la crête mais ça ne nous éloigne pas assez du troupeau, vu la réactivité des chiens. L’autre versant n’est hélas pas praticable. Et de plus nous arrivons dans la zone frontière où il nous a été recommandé de ne pas nous éloigner des sentiers… j’ai pas envie de sauter pour un sommet, et encore moins pour celui-là !
On regrette de ne pas avoir coupé à travers la pente pour rejoindre directement le monument, ça aurait été hard mais réalisable, et ça nous aurait permis de bypasser les chiens. Peut-être est-ce cela qu’on nous criait ?
On joue notre va-tout en nous engageant sur le chemin, on verra bien l’accueil qui nous sera réservé. Le troupeau s’est légèrement déplacé pendant notre pause, cela ne nous est pas favorable et le comité d’accueil ne tarde pas à se manifester… ils n’ont vraiment pas l’air de plaisanter, aussi nous faisons promptement demi-tour !
Reste que nous sommes bloqués du mauvais côté, tant pour monter au Gramos que pour redescendre au village. Comme le troupeau a monté, peut-être que le passage du bas se retrouve à présent libéré ? Hélas une sentinelle est restée en poste très bas sur la pente et la meute excitée raboule aussi sec à son appel. Une vraie plaie, ces chiens de berger ! On est furieux qu’une telle situation puisse perdurer aussi longtemps (AàG avait déjà lu d’anciens compte-rendus faisant mention de ce problème) sans que personne ne réagisse.
AàG décide de quitter la piste et de couper droit à travers la pente pour rejoindre la forêt et passer loin en dessous des chiens.
J’aurais vivement souhaité que nous remontions ensuite sur la piste, soit que nous mettions en pratique l’idée de grimper directement au monument, soit que nous retournions sur nos pas pour descendre à Aetomilitsa… mais AàG est hors de lui et ne veut plus essayer, il fonce comme un sanglier à travers la pente sans rien vouloir entendre.
Doublement énervée, je le suis avec lenteur et prudence, mes chevilles n’étant pas tout-terrain et mes genoux commençant à me dire merde. De plus, l’adrénaline baisse et laisse place à une certaine fatigue. Faut croire que quand le moral n’est plus bon, le corps suit…
Nous traversons pendant bien une heure des forêts très pentues, naviguant uniquement à la boussole. On essaie de s’en tenir au sud-est mais la pente, plein sud, nous attire et nous dévie. Aucun sentier à l’horizon, ni de vue sur le village. Où sommes-nous ? Et dans quelle galère nous sommes-nous fourrés ??
Nous avançons en automates, à un moment on décide de suivre le lit d’une rivière plutôt que la boussole. J’ai l’impression qu’ici on pourrait marcher des jours sans croiser le moindre signe de civilisation.
C’est un soulagement certain lorsque nous finissons enfin par croiser une piste ! Le retour sera encore bien long à partir de ce moment, et nous arriverons au village fatigués, démoralisés, déçus, fourbus, frustrés, dégoûtés, la liste pourrait encore être longue car nous sommes de mauvais perdants
(surtout AàG bien entendu
)
Je vous présente Zum-Zum, tel que nous l’avons surnommé. Ma première photo de la journée… Ce mouton semble avoir eu un accident. Une vieille dame passe, voit que nous sommes intrigués par le phénomène et nous fait signe de la tête qu’il est zinzin.
Ce mouton est complètement schieve (de travers) et passe des heures à marcher en cercle. Du coup il est séparé du troupeau et enfermé dans ce mini-parc en plein village… il doit trouver le temps long, tout seul
Les 4×4 n’ont pas encore tout remplacé, les villageois utilisent encore ces petits chevaux bâtés (ce ne peut pas être un mulet avec des oreilles pareilles ?).
J’imagine que s’ils gardent en permanence leur bât, c’est parce que ça doit être long et compliqué à installer ?
Vers 16h30 un orage éclate au-dessus des montagnes. J’ai des frissons rétrospectifs à l’idée que nous pourrions être là haut sur ces paysages pelés, même si AàG ne pense pas que la foudre que nous voyons tomber soit dans ce secteur précis.
Je n’en suis personnellement pas si sûre et je me demande si les deux personnes que nous avions vues là-haut sont à l’abri. Finalement on devrait peut-être remercier ces satanés chiens…
Ci-dessus la terrasse du logement, j’ai beaucoup aimé son toit constitué de feuilles de fougères empilées
Nous nous promenons sans but dans le village, simplement histoire de passer le temps.
Les heures paraissent longues, nous avons hâte de pouvoir aller manger et ensuite dormir, pour oublier notre déconvenue, tourner la page et quitter ces montagnes peu accueillantes dès demain matin.
Le ciel prend une teinte incroyable et la lumière est irréelle, c’est si sombre et si lumineux à la fois !
Ce n’est pas sans nous rappeler notre voyage en Cappadoce (Zelve et Paşabağ).
Ci-dessus, le restaurant où nous retournons manger (le seul autre établissement du village n’ouvre manifestement pas ce soir). Nous patientons sur la place, admirant sans nous lasser le spectacle céleste qui s’offre à nous.
A partir de 18h30, ça commence. Un vieux monsieur arrive lentement, canne à la main et chapeau vissé sur le crâne. Un autre, se tenant bien droit, descend précautionneusement les marches le long du resto. Un troisième arrive par la route dans notre dos. Et le défilé se poursuit, jusqu’à rassembler tous les vieux du village sur la terrasse du café, où ils s’installent pour fumer, discuter, boire un ouzo et jouer aux dames ou similaire.
Les vieilles femmes, quant à elles, arrivent un peu plus tard et se rassemblent sur les bancs de la place. Ségrégation séculaire ?
Au début nous croyions que le tag "ΠΑΣ" indiquait la présence d’eau. Ensuite nous avons cru qu’il s’agissait d’un parti politique.
Pour finalement nous rendre compte, en faisant quelques recherches à notre retour, qu’il s’agissait plus vraisemblablement… d’un club de foot
On s’installe dans la salle commune dès que la porte s’ouvre. Pas de souvláki ni autres grillades car le feu vient seulement d’être allumé, il est trop tôt. On prend donc un plat de poulet fait à la casserole, avec des frites car il n’y a rien d’autre. Ils n’ont aucun légume à part des tomates et on commence doucement à saturer.
Quand je vois la tête du plat qui arrive, je comprends que ça ne va pas être pour moi. Heureusement AàG n’est pas aussi difficile et mangera tous ces morceaux non identifiés. Je me retrouve à manger uniquement la petite assiette de frites, c’est un peu la loose mais elles sont très bonnes heureusement. Je retourne en demander à l’entrée de la petite cuisine, la dame me sert… avec les doigts mais soit !
A table, j’en prends une : elles sont cuites mais complètement froides, pouah ! Je retourne voir la serveuse, elle me dit qu’il n’y a pas de problème, saisit l’assiette et l’enfourne… dans le micro-ondes
Ce crime de lèse-belgikisté mettra un point final à cette étape de merde.
Final ? Hum ! C’est du moins ce que nous croyions…

15 commentaires
Flux des commentaires pour cet article
10 décembre 2011 à 13:32
elPadawan
Hébé! J’imagine la déception, en effet. C’est vraiment dommage, surtout si le Gramos était censé être le point culminant de la visite… (du moins pour AàG)
10 décembre 2011 à 14:26
dieudeschats
elPadawan> Monter au Gramos était l’unique raison de notre incursion dans le "grand nord" grec et AàG y tenait beaucoup, oui. Bon, on se doutait que ce serait moins facile que les Zagoria… mais être empêchés si près du but, et pour pareille raison, c’est très frustrant !
10 décembre 2011 à 17:12
Koridwen
Dès la phrase d’accroche on sent qu’il va y avoir de l’aventure (ou plutôt de la galère)! ^^
C’est dingue, tous les chiens de berger que j’ai croisé en France étaient amicaux … il y a une bonne raison pour que les chiens grecs soient aussi méfiants (vols de bétail par des humains) ou c’est juste du jemenfoutisme de la part des bergers?
En tous cas j’adore ces lumières d’orage! Encore plus quand il a plu un peu avant et que le paysage est brillant/luisant d’humidité!
10 décembre 2011 à 22:00
dieudeschats
Koridwen> Aucune idée ! Le berger est peut-être mort dévoré par ses propres chiens depuis longtemps, va savoir
11 décembre 2011 à 21:28
Koridwen
Ah oui, c’est une option aussi! ^^
Vous avez peut-être failli participer au début d’un scénario d’horreur: "Un berger tué par ses chiens, suivis de deux randonneurs imprudents. De plus en plus attirés par la chair humaine les chiens se sont ensuite attaqués au village entier … l’armée a du intervenir! Par contre les moutons vont bien, eux.".
Il est dangereux ce pays!
14 décembre 2011 à 9:54
Stéphanie
J’ai ri, je me suis inquiétée… j’ai adoré !!
Je suis totalement fan des ciels d’orage !
La photo du restaurant me fait penser au négatif du tableau de Magritte "l’empire des lumières".
14 décembre 2011 à 10:44
dieudeschats
Koridwen> Je devrais apprendre à dire en chien que je ne mange jamais de mouton ni d’agneau, ça les rassurerait !
Stéphanie> Il y a un peu de cela au niveau de l’ambiance contrastée, oui.
Au fait on a reçu ta carte hier soir (tu es bonne première comme d’hab !), merci
18 décembre 2011 à 10:31
Stéphanie
Normal, je suis la fille de Noël
18 décembre 2011 à 19:52
dieudeschats
Eh oui !
19 décembre 2011 à 7:01
Valérie de haute Savoie
Bouh là là ce pays n’est pas pour moi !
19 décembre 2011 à 14:16
ourson
Quand je lis tes billets, on se rend compte que la campagne profonde grecque c’est quand même une toute autre mentalité. Pourtant on est en Europe, ce n’est pas si loin, mais c’est très différent de nos pays occidentaux (les vieux au café, les femmes pas au café…etc). On s’en était rendu compte lorsque nous sommes allés à Mycènes. En traversant un village, pour acheter un billet de bus, nous sommes entrés dans un café où il n’y avait que des hommes. Il y a eu un silence glacial quand ils se sont rendus compte que la miss avait osé entrer!! Ca me rappelle les récits de mes parents lorsqu’ils ont visité ce pays dans les années 50! Là c’était vraiment roots!!
En tout cas, vous n’avez pas été bouffé par les chiens, plaies des montagnes!! Le bâton y a que ça pour les maintenir à l’écart.
19 décembre 2011 à 14:46
dieudeschats
J’avais un bâton de marche (enfin une branche d’arbre, pas un stick métallique) mais quand ils sont en meute, je pense qu’il n’y a rien à faire pour les tenir à l’écart.
Ils nous ont ressorti les diapositives des Météores et autres… ben dis donc on voit le changement !
Mes parents aussi ont été en Grèce dans leur jeune temps
Note que même en Belgique : une amie s’était assise dans un café turc sans se rendre compte du silence hostile qu’elle avait généré parmi l’assemblée exclusivement masculine… c’est après pas mal de temps, en voyant que tout le monde l’ignorait et que personne ne venait la servir malgré ses appels, qu’elle a fini par se rendre compte qu’elle n’était simplement pas la bienvenue ! Triste mentalité
19 décembre 2011 à 18:14
Hervė
et bien ce chapitre m’a captivé ! La suiiiite !
20 décembre 2011 à 14:44
ourson
Il m’est déjà arrivé d’être pris à parti par une bande de chiens (5 ou 6) et j’avais un bâton qui m’a bien servi pour les maintenir à l’écart….Je trouve ça bien mieux qu’un opinel. Mettre un coup de bâton à un chien ça le remet en place, mais je me vois mal lui donner un coup de couteau, au risque de le tuer…..
20 décembre 2011 à 15:13
dieudeschats
Hervé> Pas encore eu le temps de l’écrire, peut-être ce week-end…
Ourson> J’avais les deux, et l’opinel en main c’était plus pour me rassurer qu’autre chose (j’ai été attaquée par un chien étant gosse et j’en ai gardé un malaise avec la gent canine)… note que je ne me vois pas plus donner un coup de bâton qu’un coup de couteau à ces pauvres bêtes !!
Mais un chien peut avoir le réflexe de sauter à la gorge et dans ce cas-là je crois que le couteau est vraiment nécessaire :-s