Route vers le massif du Grammos, installation au village d’Aetomilitsa et premier tour d’horizon

Nous quittons cette belle région des Zagoria pour rejoindre le massif du Gramos (Γράμος), montagne qui fait la frontière avec l’Albanie. Ce fut pour nous le début d’une succession de désillusions.

AàG m’avait prévenue dès qu’on avait quitté Athènes pour aller vers le nord : si tu vois quelqu’un faire de l’auto-stop, ne t’arrête surtout pas pour le prendre car si on se fait contrôler par la police et que c’est un immigré illégal, ça se passe très mal pour le conducteur (tribunal pénal). Bonjour l’ambiance.

En tous cas cela semble bien ancré dans les us et coutumes car, de tout notre séjour en Grèce, je n’ai pas vu l’ombre d’un auto-stoppeur !

Sur la nationale qui sillonne en fond de vallée, loin de tout village, nous voyons avec surprise deux chiens couchés sur le bitume. C’est une constante ici… mais bon là quand même, ce n’est pas le meilleur endroit pour faire une sieste les gars !

Ça me fait mal au cœur tous ces animaux domestiques livrés à eux-mêmes au beau milieu de nulle part.

De petits producteurs de fruits et légumes dressent souvent leur étal le long des routes. Ça tombe bien car nous sommes dimanche et tous les magasins sont fermés, ce qui fait que nous n’avons rien à manger pour ce midi. On en profite donc pour acheter des tomates et un melon, c’est toujours ça de pris !

Pour remplacer feu notre miel, je me laisse tenter par un appétissant pot à confiture dont on me décrit le contenu comme "glyco" (sucre) et un mot qui ressemble à "coloki" en me montrant un tas de courges et coloquintes.

Nous bifurquons de la voie rapide pour emprunter la longue route en cul-de-sac qui dessert Aetomilitsa (Αετομηλίτσα). Enfin je dis "route" mais de nombreux tronçons sont plus des pistes qu’autre chose.

Il semble que le terrain soit assez mauvais et victime de glissements, emportant régulièrement la route avec. Cependant les pistes sont recouvertes de cailloux et pas trop défoncées, ça reste tout à fait carrossable en y allant lentement (3/4h pour 17km).

Aetomilitsa est un des villages les plus hauts de Grèce (ça reste modeste : moins de 1500m d’altitude). La plupart des toits sont en tôle métallique de couleur rouge, cela contraste avec les toits de lauze en pays Zagori. Il y a 10 ans il comptait environ 300 habitants, et ça n’a pas dû aller en augmentant. La moyenne d’âge nous y a parue élevée.

Nous avions le nom d’un logement, il semble que ce soit le seul du village. Les chambres ne sont pas spécialement bon marché mais ce n’est pas exagéré car elles sont spacieuses, confortables et récentes. Nous aurons eu bien pire, pour bien plus cher ! :roll: De toute façon nous n’avons pas trop le choix et ce n’est que pour deux nuits.

N’ayant vu aucun commerce dans le village, nous mendions du pain au logeur pour pique-niquer, il nous en offre de grosses tranches qui se révéleront délicieuses, ça nous change agréablement !

Il fait extrêmement chaud, on pique-nique à l’ombre d’un "point de vue" couvert et muni de bancs – ce genre de mobilier public touristique est assez répandu et bien pratique. Les tomates sont incroyablement fluos :shock: (mes chaussettes aussi, je sais, merci :mrgreen:)

La préparation de courges sucrées se révélera proprement immangeable ! Heureusement le pain est tellement bon que ce n’est pas un gros problème de le manger sans rien dessus.

On décide de meubler l’après-midi en empruntant un sentier vers le Drako Limni (Δρακολίμνη) – encore un !

Ça nous servira de reconnaissance pour la randonnée de demain.

En fait de sentier c’est une piste pour 4×4 qui n’a pas grand charme si ce n’est le côté ‘exotique’ des zones traversées : terre grise et "plastique", paysages très chamboulés pour ne pas dire chaotiques.

L’avantage de cette "autoroute" est que c’est quasiment plat. L’inconvénient est qu’on est en plein soleil, sauf quand un nuage nous prend en pitié.

Un grand ravin laisse passer une rivière dont le débit n’est pas mirobolant mais qui n’est pas à sec malgré l’été, c’est à souligner.

Un étroit pont de bois permet de la franchir. Je l’appelle le "passage d’hiver" car à côté il y a un "passage d’été" : une sorte de gué, sans doute aménagé pour les engins de chantier.

Parfois le soleil nous offre une jolie lumière et on pourrait presque trouver une beauté mélancolique à ces lieux dévastés.

Voici d’où nous venons :

Une belle source aux eaux transparentes s’écoule dans des troncs d’arbres évidés en forme d’abreuvoir.

Nous avons beau marcher et monter les lacets, nous avons l’impression de faire du sur-place : la vue sur le village semble être toujours la même. C’est démotivant.

A un moment l’orientation du chemin et le relief font que nous perdrons temporairement de vue les maisons blanches aux toits rouges, mais cela ne durera pas.

Les arbres présents attirent notre attention et excitent notre curiosité.

Ils sont pour la plupart cassés au-delà de 5-10 mètres de haut et on se demande comment cela a pu arriver. De gros rochers qui dévalent les pentes ? La foudre ?

Ces arbres mutilés donnent vraiment une ambiance lugubre et désolée.

Revoici le village en ligne de mire… décidément, on ne risque pas de se perdre !

Tout de même, je n’aimerais pas habiter aussi près de ce grand ravin qui semble n’avoir qu’une envie, celle de prendre encore davantage ses aises.

La pension où nous sommes est presque tout en bas.

Après deux heures, à en croire le seul et unique panneau qui se trouvait au départ du chemin, nous devrions être au "lac des dragons" depuis longtemps. Or nous ne sommes nulle part.

Il fait trop chaud et nous sommes découragés par ces larges pistes qui n’avancent pas, nous faisons demi-tour.

Toujours le village qui nous nargue, semblant si près ! Nous mettrons pourtant du temps à le rejoindre.

Je pense identifier là un "bourdon noir" c’est-à-dire une abeille charpentière ou xylocope. Je pensais qu’elles étaient xylophages (mangeaient du bois) mais en fait non, elles butinent les fleurs et ne creusent le bois que pour faire leur nid.

Sur le retour, juste après avoir franchi le pont, nous nous arrêtons pour observer le spectacle d’un 4×4 qui s’engage dans le "passage d’été" de la rivière (premiers humains que nous voyons de tout l’après-midi). Vu les immenses blocs en travers du chemin, ce n’était pas gagné et il y eut un moment de suspens, mais le conducteur a adroitement négocié les obstacles et s’en est tiré avec honneur. Bon public, nous avons chaudement applaudi la performance :mrgreen:

Dommage que les deux jeunes gens ne nous aient pas proposé de nous soulager les pieds jusqu’au village, il faut croire qu’avec le bronzage et les dix jours sans rasage, AàG commence à ressembler à un Albanais :lol:

Après un coup d’œil sur la carte et discussion avec le logeur, on se rend compte que le coin n’est définitivement pas fait pour les piétons. Il n’y a pas vraiment de sentiers pédestres pour les randonneurs, le seul tourisme viable dans cette zone est… motorisé !

On s’installe sur la terrasse et je finis des cartes postales tandis qu’AàG – dont la déception est très vive car il mettait énormément d’espoir sur l’ascension du sommet du Grammos, que d’aucuns appellent la plus belle montagne de Grèce, et qui était un peu son Graal du séjour – essaie de me convaincre de repartir le lendemain matin, si pas aussitôt !

J’essaie de modérer les choses, je n’aime pas l’idée d’abandonner si vite même si je ne suis a priori pas du tout séduite par l’endroit. De plus nous nous sommes engagés pour deux nuits ici donc ça me met mal à l’aise. La suite de l’histoire montrera que j’aurais mieux fait de l’écouter…

Deux touristes anglaises, dont l’une parle un peu français, nous apprennent qu’elles y ont été la veille et que c’est un endroit magnifique. Il faut nécessairement aller en voiture tout-terrain jusque Gesos (Γκέσοζ), c-à-d la fin de la route carrossable, car juste avant ce point il y a une dizaine de chiens de berger qui se sont appropriés l’endroit et qui sont particulièrement agressifs (elle a vu des cicatrices de morsure sur les mollets de certains au village).

Elles nous disent que nous trouverons certainement un "taxi", que ce soit le logeur ou un de ses amis. De plus ce ne serait pas plus mal de nous économiser en faisant cette première partie en voiture puisque nous avons déjà parcouru ce chemin et qu’il n’a pas grand intérêt. Le logeur nous confirme qu’il pourra nous conduire "s’il n’a pas de travail". On reprend espoir !

Nous photographions la carte détaillée des Anglaises où se trouvent des indications de sentiers que nous n’avons pas vus, ou pas osé prendre (malgré le déminage qui a eu lieu, il semble toujours déconseillé de s’écarter des chemins balisés dans cette région frontalière où la guerre fit particulièrement rage…)

J’ai pris ces photos dans la chambre car je me suis dit que cela avait des chances de plaire à Delf ou de lui inspirer des idées ;-)

En remontant le village, AàG se joint à des locaux pour aider à débloquer un 4×4 coincé. Nous allons ensuite manger dans une petite taverne très typique et remplie de vieux messieurs jouant aux dames ou je ne sais pas très bien quoi. La nourriture n’est ni originale ni particulièrement bonne mais avec l’ambiance ça nous paraîtrait presque formidable ! :)