Randonnée de Mikro Papingko au refuge d’Astraka

Ce matin, il m’est douloureux de descendre l’escalier pour aller prendre le petit-déjeuner. Ça tiiire !

Nous allons encore une fois visiter un coin de l’inépuisable parc national de Vikos-Aoös.

La chaude lumière de l’aube dans les champs brûlés est féérique, et une nappe de brouillard vient y semer sa poésie ouatée.

On s’arrête un peu plus loin à un point de vue, pour profiter des montagnes qui s’éveillent.

Pour rejoindre Papigko (Πάπιγκο), nous devons descendre dans la vallée, à Kalpaki (Καλπάκι). Le logeur nous dit que c’est le seul endroit des Zagoria où on peut trouver un distributeur pour retirer de l’argent, mais ce n’est pas cela qui nous intéresse : c’est le supermarché !

Nous allons enfin pouvoir acheter de quoi nous faire un pique-nique. Il n’y a pas grand chose, et en guise de pain rien de frais mais des trucs industriels en sachet. Je comprends mieux pourquoi nous avons des tartines grillées chaque matin.

Et comme garniture, vu la chaleur rien ne pourra tenir… nous prenons donc un pot de miel et quelques légumes. Avec cela nous devrions être autonomes pour deux repas de midi.

On en profite pour faire le plein d’essence en face, et on ne s’attarde pas.

Las, il aura été décidé en haut lieu que nous n’arrêterions pas de faire des pauses sur la route aujourd’hui !

Quand nous sommes passés sur ce pont, nous avons bien évidemment été incapables de ne pas nous arrêter…

Selon le principe de génération spontanée qui les caractérise, un guide fait aussitôt son apparition. Je lui donne quelques biscuits en guise d’obole.

Cette rivière enchanteresse est la Voidomatis (Βοϊδομάτης).

Avec cette eau limpide sur laquelle flottent quelques nuages de brume, ces arbres majestueux dans les branches desquels jouent quelques rayons de soleil, l’endroit est tout simplement idyllique.

Ce serait un petit coin de paradis sur terre si seulement la température de l’eau avait 10°C 20°C de plus :mrgreen:

C’est à contre-cœur qu’on finit par s’arracher des lieux, soudain portés à la contemplation.

S’ensuit une route avec d’innombrables lacets et une énième pause pour photographier ce bébé pont.

Nous arrivons à Megalo Papingo (Μεγάλο Πάπιγκο), nous avons encore 2 km à faire pour arriver à Mikro Papingo (Μικρό Πάπιγκο).


église de Mikro Papigko

Par chance la route est bonne et nous pouvons aller jusque là en voiture.

C’est un tout petit village médiéval, tout le monde doit se garer à l’entrée et ça fait pas mal de véhicules ! Je me demande où vont tous ces gens, car nous n’avons pas croisé grand monde de la journée.

Un matou est très affairé à guetter son dîner parmi les lauzes.

Nous traversons rapidement le haut du village, nous n’avons pas le temps de le visiter, ce sera pour ce soir si nous en avons l’occasion. Il y a quelques panneaux directionnels pour les randos mais ce n’est pas très clair.

Nous trouvons un large chemin qui semble aller dans la bonne direction et nous tombons sur le jeune couple sympa des gorges de Vikos. Nous causons un moment, partageant les bons plans :)

En bas c’est une fontaine (source), en haut c’est une chapelle.

On y accède par une petite enceinte dans laquelle se trouve un arbre comme d’habitude magnifique.

Ils ont suspendu une cloche dans les branches, la voyez-vous ? :)

Nous progressons dans les sous-bois, bien heureux de s’y trouver car il commence à faire très chaud au soleil.

On entend au loin un berger diriger son troupeau à coups de grands "Hoooow !"

Les végétaux à peine sortis de l’ombre sont encore trempés de rosée mais ça ne va plus durer longtemps.

Je m’approche tellement des gouttes que je parviendrai à en récolter une sur l’objectif :mrgreen:

Une petite caravane de trois mules, dont certaines fort chargées, se dirige vers le village. Deux ou trois locaux les accompagnent. Nous ne verrons personne d’autre de tout le trajet.

Nous nous arrêtons à une source pour faire des sauvetages car il y a plein de bestioles épuisées en train de se noyer, prisonnières des bassins de retenue de la source. Du lézard au scarabée, il y a un peu de tout !

Nous aménageons une sortie de secours en empilant de grosses pierres, en quatrième vitesse car nous nous faisons dévorer par une multitude de taons affamés.

Le sentier est jalonné de crottins de mules du début à la fin, peut-être est-ce la cause de cette prolifération ? A moins que ce ne soit la pluie d’hier…

Nous arrivons dans une zone où les arbres sont tous brûlés. L’incendie doit dater cependant, car les plantes et les buissons ont déjà bien repoussés.

Un tel nuage de taons, mouches et mouchettes nous harcèle qu’il y en a même qui se retrouvent sur les photos ! L’horreur !

On arrive à une seconde source, ça monte toujours sans qu’on puisse distinguer notre destination.

Il y a des plaques d’herbe d’un vert très tendre, cela nous réjouit les yeux après les paysages desséchés des jours précédents…

On s’arrête à hauteur du dernier "grand arbrisseau" que nous voyons, car après nous n’aurions plus d’ombre pour pique-niquer et au soleil c’est intenable.

Menu du jour : miel et concombre sur pain étouffe-chrétien !

AàG profite de la pause pour regarder la carte. Il m’avait prétendu que la dénivelée était de 250m, or nous en avons déjà fait eu moins le double si pas le triple ! C’est à peine si on distingue Mikro Papigko en bas dans la vallée…

Finalement il m’annonce que ce serait plutôt proche de 1000m… vu l’état de mes mollets, c’est engagé :lol: Bon allez, courage, le plus dur est fait ! On ne va pas faire demi-tour maintenant !

Nous arrivons à la troisième et dernière source, maçonnée en pierres comme les précédentes.

Nul besoin ici d’effectuer un sauvetage : les grenouilles et autres têtards se portent à merveille :)

Le refuge Astraka n’est toujours pas visible, mais c’est logique puisque normalement il se situe juste derrière le col.

Quand nous l’apercevons au loin, avec ses pimpants volets rouges, c’est fête !

D’autant plus que les nuages n’ont cessé de gagner en nombre et en hauteur derrière nous. Ce n’est pas encore orageux mais disons qu’il y a du potentiel…

Tandis que devant, un ciel bleu éclatant nous accueille.

Oh tiens au fait, AàG, tes jambes sont en train de prendre une jolie teinte, il faudrait mettre de la crème solaire !

Je dis ça innocemment, sans penser à mes propres mollets… ce qui se révélera bien sûr être une grossière erreur :roll:

Ce refuge n’en finit pas de se rapprocher mais c’est comme l’horizon, on croit pouvoir le toucher du bout des doigts mais il reste toujours hors de portée !

Il y a un comité d’accueil mais ils ne nous ont pas attendu pour l’apéro, ça boulotte sec !

J’imagine que demain matin, ce sera leur tour de descendre au village pour le ravitaillement.

Certains ont de drôles de collier : une chaîne en maillons métalliques supportant une clarine (cloche) ! Et pour ne pas que ça passe par dessus tête, c’est ajusté au niveau du haut du cou (de l’encolure ? je ne connais pas le vocabulaire équestre).

A défaut de grimper l’Astraka, nous comptions pousser jusqu’au Drako Limni (Δρακολίμνη), mais même cela finalement va être trop juste au niveau du temps, sans compter que nous sommes perclus de fatigue et que de toute façon il est presque à sec.

La région entière est pleine de lacs de montagne qui portent ce nom signifiant le "lac du Dragon". Apparemment ils n’étaient pas commodes et se faisaient des batailles rangées en s’envoyant qui des troncs d’arbres, qui des rochers !

En dehors des légendes, il semble surtout que ces lacs doivent ce nom aux tritons qui y vivent :)

Un couple de randonneurs est sur le départ quand nous arrivons. Ils n’ont l’air de ne rien porter sur eux mis à part de l’eau dans un minuscule sac à dos, je suis impressionnée, moi je me promène toujours avec mon enclume ! :mrgreen:

Sur la terrasse du refuge, nous prendrons un jus de fruit et une frangipane. AàG louche sur le sommet du Gamila, qu’il aurait aimé grimper. Enfin les sommets, puisque cette montagne ne s’appelle pas "chameau" pour rien !

Nous avons un léger problème : les chevaux se montrent un peu trop gourmands amitieux, n’hésitant pas à pousser banc et table de leur poitrail pour arriver à leurs fins !

C’est à regret qu’ils nous regardent partir :lol:

Nous croisons une mini-caravane de deux mules qui monte rejoindre le refuge, guidées par un montagnard.

Cette fois-ci, l’appareil photo est prêt, je ne les raterai pas :)

La descente est longue mais surtout pénible car les nuages de mouches et de taons ne nous lâchent pas une seule seconde. Le harcèlement est continu.

Et je ne me souvenais pas combien ça fait mal, une morsure de taon ! Heureusement je n’y suis pas allergique (oui oui, ça existe, on peut même faire un choc anaphylactique :shock: ).

Rien que cet incessant bruit de bourdonnement mouvant, est à rendre FOU !

On en vient à se taper soi-même et mutuellement, l’énervement grandissant au fur et à mesure.

AàG a décrété que ce jour serait historique dans l’histoire du peuple des mouches et qu’elles s’en rappelleraient sous le nom de "Grand Massacre" !

Nous avons parfois droit à des périodes d’ombre, le soleil disparaissant sous de gros nuages. Ce sont des moments de répit relatif.

Je crois que les mouches ont trouvé comment utiliser l’énergie solaire de façon bien plus efficace que nos technologies !

Au moment où nous retombons sur le chemin principal, un chien de berger surgit derrière nous en aboyant. Il semble que son troupeau, qu’on entend au loin, va emprunter cette voie et qu’il n’apprécie guère notre présence. Cependant il reste en arrière et disparaît à un moment. Ouf ! C’est qu’il avait l’air de prendre son rôle assez au sérieux, or sur le web nous avions lu des avertissements de prudence concernant les chiens de berger.

Nous rejoignons l’enceinte de la chapelle, on s’y pose deux minutes et même si nous sommes seuls je prends tout de même la précaution de refermer la barrière. Deux chiens de berger surgissent, se mettent à l’entrée et nous gueulent dessus sans discontinuer. On ne craint rien là où on est, mais on est bloqué et vu comme c’est parti, ça peut durer longtemps… heureusement le troupeau ne tarde pas à passer. Nous ne verrons pas le berger.

De retour au village, nous n’avons malheureusement plus le courage de visiter. On nous a dit que c’était super joli mais c’est en pente, nos pieds sont en compote et nos mollets en feu.

Je ne me sens pas très bien, je pense avoir un début d’insolation. Je ne rêve que de poser mes fesses dans un endroit confortable… et frais !

Nous décidons d’aller manger à Aristi, ce qui nous permet de faire une partie de la longue route du retour avant le coucher du soleil. Finalement elle sera moins longue que prévu car il existe une petite route secondaire qui permet d’éviter la vallée, nous avions peur que ce ne soit pas carrossable mais c’est une large route en enrobé, sans la moindre difficulté.


Megalo Papigko

Mais seulement, en quittant Mikro Papingo, un endroit déjà repéré ce matin nous intrigue… on se gare. Allez on peut bien faire encore quelques mètres : c’est à plat !

Ça nous fera fort penser au jardin des rose à Imst, où se trouvaient de mignonnes gorges prometteuses que nous n’avions pas pu voir jusqu’au bout la première fois à cause de la fatigue et du déclin de la lumière… ici même topo, nous abandonnerons, un peu frustrés de ne pas avoir pu aller jusqu’au bout !

Aristi (Αρίστη) nous avait paru sympathique au passage, avec son architecture typique, mais au niveau restaurant nous n’aurons pas eu la main très heureuse. Si j’en crois l’état des toilettes, nous avons eu énormément de chance de ne pas être malades le lendemain !

Nous donnerons les restes à un petit chat affamé et croiserons sur la route, dans la nuit noire, une vache esseulée et pas très grasse. Plus loin, toujours en plein milieu du bitume, un renard (ou chacal doré ?), pas timide pour un sou, semble bien content que je me sois arrêtée devant lui et sa proie, pour profiter de la lumière de mes phares :shock: