19 septembre 2008 – Château de Fénis, fort de Bard et ruines de Monjovet
Ce matin il pleut à verse. On va chercher de quoi faire le petit-déjeuner et le pique-nique dans une épicerie plus haut dans le village, et au retour je nous ferai une belle frayeur dans un lacet : la route est tellement lisse que je fais un petit aquaplannage… heureusement personne ne venait en face.
Vu la météo, nous faisons une journée “culture” (si l’on peut dire). Nous partons tout d’abord visiter le château de Fénis. Aux abords du parking se trouve cette eau canalisée, avec un beau courant.
Tout comme au château de Sarriod de la Tour, nous ne sommes que quatre touristes pour la visite – obligatoirement – guidée…
Et tout comme au château de Sarriod de la Tour, le tour est “chronométré”. Nous avons droit à pile une demi-heure, soit… le temps d’entrevoir les pièces que nous traversons ! Ok j’exagère, mais ça laisse vraiment un goût de trop peu.
Ce château médiéval n’est pas bâti sur un nid d’aigle mais au sommet d’une douce pente herbeuse. Pour le côté défensif, on repassera !
Il possède plusieurs tours rondes et carrées, et ses remparts crénelés sont magnifiques. En voici une vue aérienne pour mieux comprendre son architecture.
La famille De Challant a vu sa fortune décroître et, de ventes en héritages, ce superbe château a fini par ne plus avoir le minimum d’entretien requis et a même été jusqu’à servir de… ferme. Imaginer le bétail piétinant les précieux planchers est ahurissant.
C’était une ruine quand l’état italien l’a racheté fin 19ème siècle : planchers et plafonds effondrés ou en voie de l’être, les toits n’en parlons pas, quant aux murs d’enceinte et à la tour d’entrée, ils étaient déjà en partie écroulés…
La restauration fut longue. Ce lieu abrite aujourd’hui le musée des meubles valdôtains à travers les époques.
Le temps étant pourri, les photos le sont aussi.
Les photos à l’intérieur n’étaient malheureusement pas autorisées. Il y a une cour intérieure (cortile interno) bordée d’une galerie couverte au premier étage à laquelle on accède par un majestueux escalier (ici en plus grand et moins net). Sur chaque mur de la galerie sont peints des sages et des philosophes. Et voici la vue qu’on a depuis l’escalier.
Cette tourelle dépassant des remparts est le pigeonnier.
L’historique complet du château est disponible sur ce site (en français).
Nous pique-niquons à la faveur d’une large éclaircie dans un espace de jeux et de verdure proche du parking. Ensuite, direction le fort de Bard (forte di Bard) qui fait sa pub tellement partout que je croyais qu’il était bien plus proche !
Cet imposant fort du 19e siècle abrite en son sommet un vaste et tout récent Musée des Alpes. On y monte par le biais de trois ascenseurs à vue panoramique.
Il fait un peu brumeux et le temps n’est guère propice aux photos, nous commençons donc par la visite des nombreuses salles du musée. Il était assez complet et intéressant, nous avons seulement déploré le nombre faramineux d’écrans ainsi que le niveau sonore des animations qui nous a fait ressortir de là avec un certain mal de tête.
Les entrées de chaque bâtiment sont assez majestueuses. Dans les anciennes écuries avait lieu une exposition de peintures mais nous étions un peu saturés après le musée, nous avons préféré rester au grand air et aller à la découverte du fort.
Vue imprenable sur le bourg et la vallée
C’est à peu près vers ce moment-là que nous nous rendons compte que la visite des différents niveaux du fort est libre, le ticket d’entrée ne concernait que le musée. Ce n’était pas très clairement présenté.
Mis à part une petite galerie avec quelques commerces, il n’y a pas grand chose. D’autres sections muséales sont présentes mais nous n’y avons pas accès (elles sont en cours d’aménagement je pense).
Ce tunnel souterrain, ou plutôt couvert, servait à relier les différents étages du fort sans mouvement visible de l’extérieur. Malheureusement nous n’avons pas pu y aller car il était fermé par une grille. On peut distinguer ce tunnel sur la toute première photo du fort, sur la gauche.
Nous profitons de l’architecture, puisqu’il n’y a rien d’autre à se mettre sous la dent. C’est dommage d’avoir à ce point gommé l’aspect militaire, l’usage premier de ces lieux.
Nous descendons petit à petit, le village se rapproche.
Nous voici arrivés aux portes du bas :
Parmi ces maisons, une seule a opté pour l’ardoise espagnole, saurez-vous trouver laquelle ? ![]()
(NB : je plaisante, ceci n’est pas de l’ardoise bien sûr)
Le vieux village est très intéressant, peut-être plus que les fortifications… Les maisons sont bien plus anciennes que le fort (rasé et reconstruit dans sa version actuelle au XIXème).
Régulièrement, des panneaux explicatifs attirent notre attention sur tel ou tel détail remarquable.
Ceci achève la visite de Bard. Nous sommes en milieu d’après-midi, il nous reste encore le temps de découvrir les environs. Après examen de la carte, nous repérons les ruines du château de Saint-Germain (Monjovet).
En voici le plan pour ne pas vous perdre :
Un panneau touristique nous renseigne : Au Moyen-Age, les châteaux de St-Germain et de Chenal furent construits sur les hauteurs qui dominaient respectivement le défilé de la Doire Baltée et l’ancienne route principale : ils permettaient de contrôler la circulation et de prélever les péages.
Les vicissitudes de l’histoire des familles nobles et les changements de propriétaires firent que la Maison de Savoie en vint à contrôler tout d’abord le château de Chenal puis, à partir de 1295, celui de Saint-Germain, sous le prétexte que les seigneurs locaux maltraitaient les voyageurs et exigeaient d’eux le paiement de sommes abusives.
Au XIVe siècle, les deux châteaux furent donnés en fief à la famille de Challant. Le château de Saint-Germain resta en sa possession jusqu’en 1438, lorsque François de Challant le vendit à la Maison de Savoie, qui en fit une forteresse et y installa une garnison jusqu’en 1661, date à laquelle Charles-Emmanuel II fit démanteler l’ouvrage.
Aujourd’hui, l’on peut encore reconnaître, à l’intérieur de la double enceinte, le corps de logis de la garnison et l’habitation destinée au gouverneur de la forteresse, ainsi qu’une citerne.
La place réservée aux gentes dames pour qu’elles aient de la lumière pour leurs travaux d’aiguille et autres ouvrages.
La tour carrée fut vraisemblablement érigée sur un construction qui existait déjà au XIe siècle.
Les grands bastions de la place centrale et les structures destinées à l’installation d’armes à feu remontent quant à elles à la première moitié du XVIe siècle.
Au pied du rocher s’élève l’église paroissiale de St-Germain, avec son portique construit en 1879 que soutiennent deux colonnes de pierre. Le clocher du XVe siècle, qui constitue la partie la plus ancienne de la construction, se dresse du côté Sud. L’église actuelle remonte à la fin du XVIIe siècle et a été consacrée en 1704.
Aujourd’hui le château achève paisiblement son existence.
La végétation prend timidement d’assaut les hautes murailles de pierre.
D’ailleurs certains endroits étaient inaccessibles à cause des épineux.
La grande tour carrée était assez impressionnante, de l’extérieur comme de l’intérieur…
…de même que la vue sur la vallée !
Certains détails de construction (linteaux, appareillements, etc.) étaient remarquables.
Nous avons beaucoup aimé nous promener sur ce site désert, si paisible sous le soleil de cette fin d’après-midi.
Je me demande toujours s’il vaut mieux que de tels lieux croulent tranquillement et poétiquement…
…ou si une perfusion ne serait pas souhaitable. Ne pas restaurer “à la Fénis” mais empêcher des effondrements supplémentaires.
Cela permettrait au moins de le rouvrir aux visites. De ne pas tourner la page complètement sur la riche histoire de ces lieux.
Garder une fenêtre sur le passé.
Sans nul doute ce fut ma visite préférée de la journée.

14 comments
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27 avril 2009 à 9:35
patriarch
Waou!!! Quelle merveille ce château, les compagnons ont dû se faire plaisir. Tu parles d’un travail d’art !!
Même dans les ruines on devine le métier qu’ils avaient.
Merci pour la balade et les détails !!!!
27 avril 2009 à 10:21
Saturnas
C’est richement documenté, bravo.
Tu parles de mauvais temps mais le ciel bleu est souvent de la partie, ça fait de très belles photos.
J’adore les châteaux, c’est dire si tes visites me font plaisir !
Je pense que trop chercher à restaurer un château n’est pas forcément une bonne idée. Déjà ça coute cher et puis, vu les normes de construction pour les visites, le résultat est parfois pire que la ruine. Il vaut mieux, de temps en temps, entretenir les ruines plutôt que de rebâtir, suivant l’état de ce qui reste des bâtiments.
27 avril 2009 à 13:09
dieudeschats
Patriarch> Je savais que ça te parlerait !

Saturnas> Ce n’est qu’en seconde moitié d’après-midi que le ciel s’est dégagé, jusque là nous avions eu droit à la pluie et à la brume. S’il paraît y avoir beaucoup de ciel bleu dans les photos, c’est parce qu’elles sont sélectionnées
Ici je ne suis pas sûre que les ruines soient encore un minimum entretenues. Ce qui est dommage c’est que, pour éviter une éventuelle responsabilité dans un accident, ils ferment tout le site. Ce qui n’empêche pas les jeunes gens du coin de se faire des soirées alcoolisées dans les caves, note bien !
Pour Fénis je trouve admirable le résultat de la reconstruction mais l’ensemble a un côté beaucoup trop neuf et pimpant… Cela a beaucoup moins de charme et d’attrait (pour moi).
27 avril 2009 à 15:03
Moukmouk
L’absurdité de la guerre en montagne. un beau reportage
28 avril 2009 à 9:29
brigitte
j’aime quand tu fais prolonger le temps des vacances….” le temps dure longtemps….plus d’un million d’années ” lalalaaaa
28 avril 2009 à 9:51
dieudeschats
Moukmouk> Où qu’elle soit, d’ailleurs…
Brigitte> Oui là c’est un peu exagéré comme retard, je sais ^^
28 avril 2009 à 12:19
meerkat
Superbe visite. J’adore les châteaux médiévaux, les fortifications, les tours, les vieilles portes cloutées… moins la place réservée aux gentes dames d’antan (à la fenêtre oui, à la couture non). En plus, à chaque fois, je pense à Barbe-Bleue le couteau à la main, et à sa femme en haut de la tour qui ne voit que le soleil qui poudroie.
C’était un beau voyage. je me demande ce que tu montreras à la dernière étape.
Je pencherai pour une restauration des ruines, ces restes du fort sont impressionnants, et l’arbuste qui pousse à l’horizontale !
30 avril 2009 à 14:02
dieudeschats
J’adore les ruines aussi… surtout quand elles sont “sauvages” ainsi
La dernière étape, c’est “surprise” ! N’empêche, je serai contente quand ce compte-rendu sera fini, j’ai pris trop de retard et les souvenirs s’effilochent déjà… et puis il faut laisser place aux photos plus récentes
30 avril 2009 à 17:56
Aude Nectar
J’aime beaucoup les reportages photos de tes vacances…On s’y croirait !
Les vieilles pierres..j’aime emprunter et sillonner les petites ruelles de vieux villages, en Bretagne et en Auvergne, passer du granit rose aux pierres beiges et noires des maisons et châteaux.
Je t’invite à participer à mon concours photos si le sujet t’inspire !
1 mai 2009 à 21:52
dieudeschats
Aude> Je vais aller découvrir ton concours, merci pour l’invitation !
2 mai 2009 à 15:11
Thierry
Quel magnifique documentaire !
Tes photos du château de Saint-Germain sont extraordinaires et excitent immédiatement l’inspiration. Elles ont une présence que tu as très bien su saisir. Ton reportage est un beau témoignage d’un lieu que bâtirent les hommes.
3 mai 2009 à 10:25
dieudeschats
Thierry> Oui, parfois on peut être fier de ce qui a été bâti par nos semblables ! Merci pour les compliments, je précise que je ne suis pas la seule auteure des photos, il y a AàG aussi – et je serais bien en peine de te dire lesquelles sont de qui.
6 mai 2009 à 22:55
Darth171
Nos ancêtres, du moins les gens qui étaient la avant nous… construisaient des tentes. Quand je vois ce genre de photos je suis un peu jaloux je pense.
7 mai 2009 à 8:16
dieudeschats
Darth171> C’est curieux, d’habitude ce sont plutôt les sédentaires qui jalousent secrètement les nomades, non ?