Je ne sais pas pour vous mais, quand je vois un autostoppeur sur le bord de la route et que j’ai de la place, je l’embarque. Avant j’osais pas trop, j’avoue… mais depuis que j’ai “ma” voiture c’est devenu un réflexe quasi systématique. Ca donne parfois lieu à des aventures épiques, mais je regrette rarement d’avoir pris quelqu’un au final. Quelque part, ça diminue aussi ma culpabilité quand je fais un trajet motorisé toute seule :|

Ce soir, je reviens de mon cours de violoncelle vers 20h30 quand je vois un type faire du stop. Je le devine plutôt, car il est dans une zone peu éclairée. C’est une route nationale à 90km/h mais j’ai la possibilité de me mettre sur le bas-côté sans gêner, donc je m’arrête.

L’autostoppeur est un gars de la trentaine pourvu d’un beau bedon et d’une désagréable voix de fausset. Il me dit qu’il a raté le dernier bus et qu’il habite un peu plus haut. Je lui dis que pour ma part je continue sur la nationale jusque C. (même trajet que le bus) et que je peux le déposer plus loin s’il veut. [C'est bizarre son histoire de "dernier bus" raté car ça fait plus de 2h qu'il est passé normalement...]

Il monte. Il sent la clope mais c’est déjà mieux que certains qui puent l’alcool ou la crasse (j’ai déjà dû rouler fenêtres ouvertes tellement l’odeur me donnait des haut-le-coeur). Comme souvent avec les autostoppeurs, il faut que je lui demande explicitement de bien vouloir mettre sa ceinture de sécurité. C’est un truc que j’ai jamais pigé : tu montes dans la voiture d’un inconnu qui conduit peut-être comme un danger public et tu ne penses pas à t’attacher ??

En montant la grande côte, je lui demande de me prévenir suffisamment à temps pour que je sache à quelle hauteur m’arrêter – ses indications avaient été très vagues. Il me répond que le clos est en haut à gauche. Je lui répète, histoire d’avoir confirmation “ok donc je m’arrête au niveau de ce carrefour-là ?” C’est à gauche, à gauche, insiste-t’il.

Je lui explique gentiment que ma route à moi c’est tout droit et que je ne vais pas m’engager dans son clos que je ne connais pas et risquer de m’y perdre de nuit. Je m’arrête sur le bas-côté et il sort de la voiture sans un mot, même pas un au revoir, claque la portière avec la ceinture qui pendouille à l’extérieur et s’en va furieux. Il s’attendait manifestement à ce que je le dépose devant sa porte.

Je démarre avant qu’il n’ait l’envie de taper sur la voiture, on ne sait jamais. Je m’arrêterai plus loin pour refermer correctement la porte… Je dois dire qu’il m’a mise de sacrément mauvaise humeur. C’est ce qui s’appelle tendre la main et se faire prendre le bras. Je marmonne toute seule (je vous épargne les insultes) :
Non mais il est pas bien celui-là, il est pas écrit “taxi” non plus, faut pas exagérer quand même… il a la trentaine, pas de sac à porter et aucun souci pour marcher, ce gars. Il ne fait même pas froid, ni pluvieux. Et son bus ne va pas à gauche non plus !

Je crois que ce qui me fout en rogne, c’est que son comportement me prétend que je suis une sale égoïste. J’ai beau me dire que c’est lui l’anormal, je peux pas m’empêcher de me remettre en question. Il m’a vexée, c’est sans doute aussi con que ça.

Alors j’essaie de me réhabiliter à moi-même en me rappelant d’autres autostoppeurs, par exemple ce couple de petits vieux très chargés, dont le mari faisait du 100m/h, perdus en plein milieu des champs dans la nuit noire car descendus au mauvais arrêt de bus sur cette même nationale… ils n’avaient même pas l’adresse de leur destination, j’avais tourné pas mal de temps dans toutes les rues d’un clos inconnu jusqu’à ce qu’ils reconnaissent la bonne maison. C’était assez surréaliste. Le vieux monsieur avait bien mis cinq minutes pour réussir à entrer dans la voiture, et davantage encore pour s’en extirper tellement il était mal en point. Certes ces gens n’étaient pas très propres et n’avaient pas toutes les frites dans le même sachet, mais ils étaient très gentils… ils avaient même essayé de me donner “une pièce pour l’essence” alors que manifestement ils ne roulaient pas sur l’or (inutile de dire que j’ai refusé, mais leur insistance était touchante en ce qu’elle montrait leur reconnaissance).

Ouais, bon. En fait c’est encore pire de raconter ce genre de choses. Parce qu’essayer de se justifier déjà c’est nul, mais alors le faire en exposant des B.A. c’est vraiment détestable… argh !!! :-s