Terminus, tout le monde descend ! Parce que bon c’est pas tout ça mais là, on est le 2 janvier, alors on sort la tête de la bouteille du sable et on redevient réaliste.
L’année 2008, faut pas être devin pour savoir qu’elle ne sera pas spécialement bonne pour notre planète et tous ses habitants. C’est une année de défis, d’énormes défis, et il faut espérer qu’on les relèvera mieux qu’en 2007… car ça urge !!
Ce n’est pas dans mes habitudes de reprendre un discours politicien, mais là je dois dire que c’est bien un des rares personnages politiques qui ne me donne pas des envies de meurtre quand je l’entends. Je vous laisse deviner qui c’est, trichez pas en allant voir en bas de page ;-p
Quels voeux pour 2008 ?
Au-delà des voeux individuels, de santé, de joies, de succès et de chaleur que je me permets de formuler à l’intention de chacun de nos auditeurs, je souhaiterais formuler des voeux collectifs à deux niveaux, qui du reste se rejoignent.
Le premier est celui du sens des responsabilités.
Face aux périls qui nous menacent, qu’il s’agisse de la violence à commencer par celle du terrorisme islamiste, ou celui du risque de disparition de notre espèce du fait du changement climatique et des risques sanitaires, il est plus que temps que le cynisme ambiant, l’égoïsme à courte vue et un prétendu sens de l’intérêt, s’effacent devant le sens des responsabilités, l’esprit de solidarité et la capacité à comprendre que la hiérarchie des priorités a changé et que sans approche globale des problèmes, nous ne pouvons que marquer contre notre propre camp.
Le second est davantage hexagonal.
Rêvons que 10 millions de Français écoutent France Culture et seulement 1 million regardent TF1 ! Notre pays en serait évidemment transformé. En effet, ce qui fait notre richesse collective, notre génie national, c’est-à-dire une forme d’esprit critique et d’idéalisme universaliste, est en voie de disparition sous l’effet conjugué du fameux panem et circenses remis à la sauce du barnum médiatique contemporain, qui sait si bien décerveler et faire consommer n’importe quoi, qu’il s’agisse de produits commerciaux ou politiques.
· Les jeux tout d’abord, qui servent également à masquer le prix croissant du pain, sont devenus le divertissement permanent, entre téléréalité, peopolisation, et faits divers, tous destinés à nous écarter de toute réflexion critique, toute capacité de synthèse.
L’infantilisation du consommateur-citoyen passe précisément par cette télévision qui favorise la facilité, la simplicité qui devient du simplisme lorsqu’il s’agit de faire le point d’un sujet compliqué en 1 minute 30, et la rapidité. Tout, tout de suite et facilement ! Le désir de l’enfant ! L’antithèse du réel ! Si seulement les médias étaient utilisés pour développer l’esprit critique, former et non souvent désinformer, aider nos concitoyens à prendre la mesure et la compréhension du monde dans lequel ils vivent. Alors, nous oublierions une relative passivité qui conduisait le Général de Gaulle à nous comparer à des veaux, en espérant que la situation ne s’est pas encore dégradée depuis la fin des années 60.
· Le pain, ou encore ce qui devrait être les conditions de vie, et qui souffre d’une double dérive, dans la mesure précisément où des caisses vides d’une part, une misère croissante et visible d’autre part, font douter de la capacité de l’Etat à garantir le pain. Première dérive qui, pour cacher la croissance des inégalités économiques et sociales, entretient, grâce à la publicité, des désirs qui conduisent immanquablement à la frustration, au surendettement et à la désespérance chère à notre très médiatique président. Seconde dérive qui confond consommation et bien-être, plus et mieux, et poursuit le mythe d’une croissance reposant sur des ressources infinies incompatibles avec les limites physiques de la planète.
Comment aider nos concitoyens à ne plus se laisser ainsi manipuler, à pouvoir réfléchir, à se faire un devoir de s’informer et à développer leur esprit critique ? Le succès de cet objectif permettrait une transformation en profondeur notre pays. La société de la connaissance, à laquelle nous aspirons et qui nécessite un esprit en éveil et inventif, pourrait devenir une réalité. Nos enfants et adolescents, qui passent des heures devant des émissions qui cultivent la violence, l’abêtissement et l’égoïsme, apprendraient, découvriraient le monde et ses réalités, partageraient d’autres valeurs que celles de l’argent qui achète tout et de la force virile qui l’emporte toujours. Notre Education Nationale cesserait alors peut-être d’être à la traîne. La presse écrite, qui joue un rôle essentiel dans la formation de l’opinion, retrouverait sans doute des lecteurs, avides de se faire une opinion et de ne pas être passifs devant les événements. Nos institutions ne pourraient plus tabler sur des citoyens velléitaires, acceptant la disparition de tout contre-pouvoir et qui exigeraient une participation et une concertation qui ne soient pas de façade. Nous nous réapproprierions alors nos valeurs, sans bien sûr oublier les efforts de réforme que nous avons à faire, mais sans pour autant perdre notre âme, en confondant l’imitation des autres, pas du reste dans ce qu’ils ont de meilleur, et l’adaptation de notre propre modèle.
Comment y parvenir ? Comment sortir de la relative impuissance de tous ceux qui partagent l’analyse qui précède, mais qui, du fait de leur atomisation, ne peuvent agir ? D’abord, en exerçant pleinement leur droit d’expression en manifestant massivement auprès des antennes leur opinion et en le faisant savoir. En cherchant à rétablir le contact avec les journalistes, qui ont besoin de nous comme nous avons besoin d’eux. Ils sont victimes, pour l’immense majorité d’entre eux, du système et la liberté d’informer doit être défendue par les citoyens eux même, car c’est de leur propre liberté qu’il s’agit. L’affaire Dasquié constitue à cet égard un précédent edoutable. En faisant donc des questions d’information, d’indépendance des médias, du pouvoir financier comme du pouvoir politique, du respect du pluralisme, de la déontologie de la publicité, une question centrale du débat politique. Alors pourrons-nous reconquérir notre liberté de pensée qui ne peut s’exercer que pour autant qu’elle s’appuie sur des données sûres.
N’oublions jamais que la démocratie ne s’use que si on ne s’en sert pas !
Corinne Lepage, chronique France-Culture du 31/12/2007.

13 comments
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3 janvier 2008 à 0:10
Kinkapricorne
Oui, c’est encore moi qui commence, mais c’est trop important. Et puis c’est une drôle de coïncidence que tu aies reproduit ce discours de C. L. Je me souviens d’avoir voté pour elle, mais là n’est pas la coïncidence. Non c’est à propos du journaliste dont elle parle. J’ai justement vu son interview ces jours-ci sur cette vidéo : http://www.dailymotion.com/video/x3pu2y_guillaume-dasquie-secret-defense-91_news
…et j’ai été outrée par ce qui lui est arrivé, et peinée aussi.
Et puis la télé… Eh bien, je peux l’avouer, on n’a pas la télé. Comme dirait l’Ours blanc, “je préfère la radio, les images sont meilleures.”
Les enfants nous en ont bien voulu un peu de les avoir privé de cet instrument de formatage des jeunes (et moins jeunes) cerveaux. Mais tant pis, ça leur a appris à s’assumer différents de leurs petits camarades.
Enfin, mon souhait pour 2008, c’est que chacun se prenne en main pour taper sur son clavier et faire entendre sa voix à chaque fois que la liberté est menacée, mais aussi pour changer ses habitudes de consommation. Si tout le monde se mettait à n’acheter que le strict nécessaire, je suis sûre que ça aurait plus de poids qu’un bulletin de vote.
3 janvier 2008 à 10:04
patriarch
Certains prennent des cours pour apprendre à manipuler les esprits. on les appelle ensuite: des communicants. Ils sont payés royalement pour ça. C’est leur travail, mais que dire de celui qui va débiter ces discours, sans même se soucier de l’impact sur les populations qui vont l’écouter ou le lire. Et dire qu’ensuite, certains s’en glorifient de ces laïus.
3 janvier 2008 à 10:11
dieudeschats
Kinkapricorne> Ils se diront un jour qu’ils ont eu bien de la chance, tes enfants, d’échapper au formatage… Moi c’est l’inverse : pas de tv depuis que j’ai quitté la maison familiale
Patriarch> Je n’ai pas très bien compris qui tu visais dans ton commentaire en fait ? Le discours reproduit dans cette note ??
3 janvier 2008 à 15:55
Delf
bon je vais tout lire, mais déjà je rigole (jaune) à partir de ‘le sens des responsabilités’…
aller je r’viens…
3 janvier 2008 à 16:01
Delf
hum…
superbe article et belle carte de voeux. néanmoins, je suis plus pessimiste qu’elle. je ne crois pas que la majorité de nos concitoyens veuillent récupérer leur liberté de penser.
Malgré tout, j’espère participer activement à leur soumettre l’idée.
3 janvier 2008 à 16:14
dieudeschats
Delf> As-tu lu son texte sur Bali : non-assistance à humanité en danger ?
J’aime beaucoup son avant-dernier paragraphe…
3 janvier 2008 à 17:10
Delf
non. je le garde au chaud et je le lis des que j’ai fini de m’occuper de ce p*** de syndic de m****
grrrrr
3 janvier 2008 à 20:54
Sarah
Bonjour. Par hasard, parce que j’avais le même tag que toi “lettre ouverte”, je reviens ici. Après t’avoir perdue. Petit Lunatique, petite Sucréesalée que je suis. Pas sûre que tu te souviennes de moi.
Enfin bref, me revoilà par ici. Et je tombe sur une note dans laquelle tu retransmets les voeux de Corinne Lepage (que je n’avais pas lus), et que je découvre qu’elle a un blog.
Belles retrouvailles =)
Et re-bref, une belle année 2008 à toi.
Je pense que je reviendrai souvent ici…
4 janvier 2008 à 7:55
dieudeschats
Delf> Ah, je ne connais pas ces joies-là, mais j’imagine… tu veux un bout de bois pour mordre dessus ?

Sarah> Bien sûr que je me souviens de toi ! Je suis heureuse que le hasard nous remette en présence
Je vais de ce pas aller découvrir ton nouveau blog…
4 janvier 2008 à 12:26
Naya
Cette note là, je la trouve bien difficile à commenter parce que d’une part sont évoquées d’évidentes idées et d’évidents bons sentiments qui donnent envie de se bouger mais d’autre part je ne fais pas du tout confiance aux politiques et encore moins à une ex-ministre d’un gouvernement qui confondait écologie et foutage de gueule.
Et puis j’ai trop vu de politiques, pour savoir comment on grimpe dans la hiérarchie dans ce milieu, et bon, hein, je n’y crois plus de tout. Je préfère les actions de terrain.
L’écologie doit beaucoup aux blogs comme le tien ou celui de Raffa par exemple.
4 janvier 2008 à 13:22
dieudeschats
Naya> Je comprends ce que tu veux dire…
Je ne connais pas son passé de ministre mais ce qui me plaît chez Lepage, c’est sa cohérence et son bon sens (dans ce que j’ai lu/entendu d’elle). Il n’y a pas beaucoup de politiciens qui osent parler de la croissance comme étant un mythe !
Après, un politique, c’est par définition quelqu’un en qui on ne peut pas faire confiance. N’empêche que… j’aurais bien aimé que la France la choisisse pour présidente
4 janvier 2008 à 20:34
pousse manette
Si je dis juste “Bonne année citoyenne et responsable”, ça va aussi?
5 janvier 2008 à 10:55
dieudeschats
Thilde> Allez, c’est bien parce que c’est toi
Et meilleurs voeux également !