Un bref récapitulatif pour ceux qui ne connaîtraient pas les débuts de l’affaire, par Olivier Mukuna :

Après plus de deux mois de détention dans la prison de Dordrecht (Pays-Bas), Bahar Kimyongür a été libéré à la surprise générale. La justice néerlandaise a jugé que le mandat d’arrêt international lancé par l’Etat turc contre le militant belge d’origine turque était insuffisamment motivé pour procéder à son extradition vers la Turquie. Une affaire embarrassante pour la Belgique. A plus d’un titre…

Embarrassante, « l’affaire Kimyongür » ? L’adjectif relève de l’euphémisme !

Primo : à la veille de l’arrestation de Bahar Kimyongür, le parquet fédéral belge a signalé à son homologue néerlandais la présence imminente du militant sur le sol batave, en précisant qu’il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international. Information consignée noir sur blanc dans un PV du parquet néerlandais. En outre, les autorités belges se sont bien gardées d’informer l’intéressé qu’il était visé par un mandat d’arrêt international émis par la Turquie. Pourquoi une telle omission sinon dans le but de contourner l’impossibilité pour la Belgique d’extrader un de ses citoyens ?

Secundo : avant d’en prendre connaissance et de dévoiler l’existence du PV néerlandais, le sénateur Ecolo Josy Dubié avait interpellé à plusieurs reprises Laurette Onkelinx. Il soupçonnait que la Belgique avait « livré » Bahar Kimyongür aux Pays-Bas pour tenter de favoriser son éventuelle extradition. Réponse de la Vice-Première et ministre de la Justice : « Vous dites n’importe quoi » …

Tertio : en libérant Kimyongür pour insuffisance de preuves quant au caractère terroriste de son engagement politique, le Tribunal de La Haye a jeté une lumière différente sur sa récente condamnation par le Tribunal de Bruges : en février dernier, Kimyongür était condamné à quatre ans de prison ferme pour délit d’appartenance au DHKP-C, organisation turque d’extrême-gauche qualifiée de terroriste. Il a interjeté appel de cette décision et sera à nouveau jugé le 11 septembre prochain.

Peu reluisante pour nos autorités judiciaires et politiques, l’affaire est également délicate d’un point de vue médiatique. Seuls Le Soir et la RTBF ont traité le sujet autrement qu’à coups de brèves ou de boycott pur et simple. Mais l’unique traitement audiovisuel a souffert d’ellipses choisies et de conditionnels généreux bénéficiant aux autorités alors que les faits accablent l’Etat belge… Censuré partout ailleurs dans la presse écrite, voici l’interview de l’ex-prisonnier politique belge : Bahar Kimyongür.

L’interview est disponible en cliquant ici. Et pour ceux qui se demandent qui est Fehriye Erdal, vous trouverez quelques infos là.

Si je vous en parle aujourd’hui, c’est suite à l’action du CLEA (Comité pour la Liberté d´Expression et d´Association) qui adresse une lettre ouverte à la ministre belge de la “justice”, Laurette Onkelinx.

«(…) par le moyen de méthodes toujours plus efficaces de manipulation mentale, les démocraties changeront de nature. Les vieilles formes pittoresques – élections, parlements, hautes cours de justice– demeureront mais la substance sous-jacente sera une nouvelle forme de totalitarisme non violent. Toutes les appellations traditionnelles, tous les slogans consacrés resteront exactement ce qu’ils étaient aux bon vieux temps. La démocratie et la liberté seront les thèmes de toutes les émissions (…) et de tous les éditoriaux mais (…) l’oligarchie au pouvoir et son élite hautement qualifiée de soldats, de policiers, de fabricants de pensée, de manipulateurs mentaux mènera tout et tout le monde comme bon lui semblera.»
Aldous Huxley, Retour au meilleur des mondes